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  • Cannes 2021
  • Critique
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  • 3 min

« Haut et fort » de Nabil Ayouch : la voix libre

  • Damien Leblanc
  • 2021-07-16

Entre fiction et documentaire, Nabil Ayouch glorifie la libération de l’expression que le hip-hop offre à des adolescentes et adolescents marocains et signe un bel objet filmique, plus théorique que sensitif.

Le début d’Haut et fort montre un homme au volant d’une voiture, qui s’est perdu et qui demande son chemin. Il s’agit d’Anas (Anas Basbousi), ancien rappeur qui cherche le centre culturel de Sidi Moumen, en périphérie de Casablanca. Un centre tout de suite envisagé par le biais de cette introduction comme un îlot à part et un lieu salvateur.

Car le réalisateur Nabil Ayouch, lui, sait parfaitement ce qu’il est venu chercher avec ce film : ayant lui-même participé à la fondation de cet espace culturel en 2014, le cinéaste met en scène l’enseignement du hip-hop qu’Anas va prodiguer auprès de jeunes Marocains et Marocaines qui peuvent là canaliser leurs frustrations et exprimer leur énergie créative.

Entre documentaire et fiction, Haut et fort donne à voir de longs échanges entre l’enseignant et les adolescents, autour de sujets comme la religion, le harcèlement de rue ou le pouvoir de l’art, dans un dispositif qui peut rappeler Entre les murs, le film de Laurent Cantet qui avait remporté la Palme d’or en 2008.

Ayant lui-même découvert le rap dans sa jeunesse à Sarcelles, Nabil Ayouch se révèle ici intéressé par l’universelle puissance émancipatrice de ce genre musical. Les dialogues du film rappellent que le rap vient des ghettos noirs américains et exprime une colère contestataire qui a également touché les sociétés arabes, notamment lors de la révolution tunisienne de 2011.

C’est donc animé d’un projet assez théorique (amener par le biais de l’expression langagière des jeunes gens à la liberté idéologique) que le cinéaste filme le quartier de Sidi Moumen, manière aussi de faire écho à sa propre filmographie : Les Chevaux de Dieu évoquait en effet en 2012 les attentats de Casablanca, perpétrés en 2003 par des hommes originaires de Sidi Moumen.

En revenant dans la même zone pour y célébrer les aspirations artistiques d’une jeunesse qui veut croire en l’avenir, Nabil Ayouch affiche donc son espoir et son optimisme, même si cette démarche se fait parfois au détriment de l’attachement émotionnel - l’existence de chacun est un peu survolée.

Cela n’empêche pas Haut et fort de constituer un objet cohérent dans la carrière du réalisateur de Much Loved, et de glorifier avec une belle conviction l’affranchissement des consciences et des individus.

: Haut et fort de Nabil Ayouch (Ad Vitam, 1h42), en salles le 10 novembre

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