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« Great Freedom » : évasion charnelle

  • Quentin Grosset
  • 2022-02-06

À travers une mise en scène carcérale, l’Autrichien Sebastian Meise (« Still Life ») retranscrit finement la persécution des gays, criminalisés par la loi, dans la société allemande d’après-guerre. Son héros, insatiable et lumineux dragueur, offre comme un contrepoint cathartique.

C’est un tout petit paragraphe, numéroté 175, qui a pesé lourd sur la vie des gays allemands. Rédigé en 1871, il criminalisait les actes sexuels entre hommes, désignés dans le texte comme « contre-nature ». Juste avant la guerre, en 1935, il a été amendé par le régime nazi (les sanctions ont été alourdies) et a mené à la condamnation de plus de 50 000 individus, en envoyant environ 15 000 dans les camps de concentration. Sebastian Meise dépeint la période d’après-guerre jusqu’à la fin des années 1960 – à partir de cette décennie, l’article 175 n’a plus vraiment été appliqué, mais la loi n’a été abolie qu’en 1994.

Le cinéaste retrace cet épisode en brouillant la temporalité : pendant deux heures, qui englobent plusieurs décennies, on assistera dans le désordre aux multiples allers-­retours en prison de Hans Hoffman (Franz Rogowski), le héros. Comme pour nous dire que, peu importent les années qui passent, Hans est déterminé à vivre ses amours et sa sexualité comme il l’entend, quelle que soit la peine. Car il est doué d’une force de vie à toute épreuve. Juste avant son arrestation, alors qu’il est filmé à son insu par la police en pleine drague gay dans les toilettes publiques, il est présenté comme un irrésistible jouisseur. Ce dispositif de surveillance, qui vise à le piéger, se trouve comme piraté par sa sensualité émancipatrice, par son côté « exhib », provocateur.

« Paragraphe 175 » : une histoire occultée

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En prison, là où se déroule la majeure partie du film, Hans a beau être malmené par les gardiens et ses compagnons de cellule, il lance des œillades suggestives à tout va, élabore des stratégies rocambolesques pour retrouver ses amants. Sebastian Meise n’occulte rien de la dureté du quotidien derrière les barreaux, du sadisme policier qui confine parfois à la torture. Seulement, il préfère insister sur le fait que, coûte que coûte, Hans garde le feu nécessaire pour faire tomber les murs du bagne, évidente métaphore du placard. Sa peinture des lieux, toute en dangerosité et en tension homoérotique, évoque alors Jean Genet et son unique film, Un chant d’amour (1950). Comme Meise, le poète avait lui aussi trouvé le moyen de composer un hymne à la liberté à partir d’un film carcéral. 

Great Freedom de Sebastian Meise, Paname (1 h 56), sortie le 9 février

 Image (c) Freibeuterfilm_Rohfilm

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