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Elena López Riera : « Au-delà de la croyance, ce qui m’intéresse c’est la transmission »

  • Quentin Grosset
  • 2022-05-21

Dans un très beau premier long métrage hanté, présenté à la Quinzaine, l’Espagnole Elena López Riera raconte l’été d’Ana, ado qui doit gérer une rumeur : certaines femmes de sa famille auraient « l’eau en elles ». Lorsque la rivière déborde, celles-ci seraient comme appelées pour y être englouties…. La cinéaste nous a parlé de l’origine de ces mythes, du poids de l’héritage, et des raves sublimes qui peuplent son film.

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Cette croyance populaire des femmes ayant « l’eau à l’intérieur » existe-t-elle vraiment ? Et si oui, comment en avez-vous eu vent ?

Oui, elle existe mais il y a plein de variations – ce qui m’intéresse, c’est que chacun fait des rajouts, a sa propre version. Moi j’ai grandi dans ce village du sud-est de l’Espagne, Orihuela, j’y ai réalisé mes courts métrages précédents, Pueblo et Las Visceras. J’ai vraiment été bercée par ce genre de mythologie avec les récits de ma mère, de ma grand-mère.

Justement, comment est venue cette idée de suivre plusieurs générations de femmes dans leur rapport à cette croyance ?

Au-delà de la croyance, ce qui m’intéresse, c’est la transmission. D’une génération à l’autre, on peut brasser des peurs, de la culpabilité. Qu’est-ce qu’on reçoit ? Je voulais voir chacune de ces femmes dans ses ombres et ses lumières pour montrer que ce n’est pas si facile d’élever ses enfants, de ne pas leur transmettre ce qui a pu nous faire souffrir. J’ai essayé de faire ressortir cette complexité, de montrer aussi pourquoi l’amour peut être violent.

Il y a une tension constante entre le surnaturel et le quotidien dans El Agua. C’était important pour vous qu’on reste dans cette incertitude ?

Oui, et ça n’a pas seulement à voir avec le contenu de ces mythes qui m’ont bercée, c’est aussi en lien avec leur forme. Quand ma grand-mère me racontait une histoire totalement surréaliste, elle préparait en même temps la salade.  J’ai compris que pour ces femmes d’anciennes générations, ces récits étaient leur espace d’épanouissement par rapport à leur seule réalité qui était de s’occuper de la maison ou des enfants. Avec leurs histoires, elles font appel à quelque chose de plus grand, et on a envie d’y croire.

Les anciennes du village racontent leur rapport à cette croyance face caméra, ce qui participe d’un effet documentaire. D’où est venu ce parti-parti ?

De ma fascination pour les récits, la littérature populaire. On voit ma mère qui raconte une histoire, une voisine, des proches. Après avoir parlé avec ces femmes, ce qui m’a marqué c’est qu’elles me disaient qu’elles considéraient que leur parole n’est pas importante. Je me demandais quels étaient les mécanismes qui avaient pu les amener à sous-estimer leurs récits. Il fallait leur rendre toute leur place, c’était une évidence politique.

Dans cet héritage trop lourd qu’Ana doit porter, avez-vous pensé aussi à celui de la crise climatique qui pèse sur les plus jeunes générations ?

Oui, car cette idée de la rivière qui déborde, ça a beau arriver depuis toujours, ça n’a jamais été aussi fréquent. Un moment donné, il faut se poser des questions, arrêter de tout expliquer par des fantômes, des mythologies. On est donc allés du côté du genre, mais on voulait vraiment dans le même temps explorer cette idée de la responsabilité.

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Comment avez-vous pensé les scènes de rave qui, avec leurs jeux de lumière blanche, prennent une dimension quasi fantomatique ?

Les fêtes au cinéma, je suis désolée mais il n’y en a pas beaucoup qui me plaisent. Ce qui m’intéresse, c’est d’observer, donc j’ai dit qu’on allait filmer une vraie rave, avec la musique en direct. Des gens pensaient que je ne pouvais pas tourner comme ça parce que c’était une fiction, or moi qui vient du documentaire je ne voyais pas pourquoi. Philippe Azoury (également coscénariste du film, ndlr) a fait le DJ, on a tourné avec une petite caméra, et on éclairait avec la torche des téléphones portables.

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