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David Cronenberg au « Guardian » : « Avec un film indépendant, il est difficile de faire quoi que ce soit »

  • Esteban Jimenez
  • 2020-02-28

Le réalisateur canadien s’est confié au Guardian sur ses nouveaux projets et, paradoxalement, sur le fait qu’il en a peut être définitivement fini avec le cinéma.

Inutile de vous préciser que David Cronenberg nous manque terriblement depuis la sortie de son dernier film Maps to the Star en 2014. Bonne nouvelle : à l’occasion de son apparition en tant qu’acteur dans le film canadien Disappearance at Clifton Hill, il s’est confié au Guardian sur ses futures ambitions. Verdict : son envie de créer toujours aussi brûlante est aujourd’hui contrebalancée par une lucidité face à l’état du cinéma et l’évolution de sa carrière. Explications.

En 2014, David Cronenberg publie Consumés, récit complexe sur des photojournalistes à la recherche de sujets à sensations où se confondaient sexe, insectes et cannibalisme. En passe d’être adapté par Netflix sous la forme d’une mini-série réalisée par Cronenberg himself, le projet est finalement abandonné par le géant du streaming américain selon le principal intéressé, qui aurait également écrit deux épisodes d’une autre série pour la plateforme.

En plus de ces projets en suspens, celui-ci écrit actuellement un nouveau scénario « très personnel« , dont il ne dira rien. « Quoiqu’il se passe, je le ferai » a-t-il affirmé avec une détermination farouche. Avant de poursuivre : « Que vous soyez au Canada ou non, avec un film indépendant, il est difficile de faire quoi que ce soit. Plus un film est inhabituel, plus il y a de réticences  ». Une déclaration qui confirme la frilosité de l’industrie face à la radicalité d’un cinéaste aussi transgressif que Cronenberg, qui se rappelle aussi que chacun de ses films fût « un processus long et difficile« .

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Streaming ou non, David Cronenberg trouve le processus de production de films semé d’embûches : « Vous accumulez des possibles investisseurs, les gens perdent de l’intérêt, donc il n’ y a donc plus d’investisseurs. Vous parlez peut-être à Canal+ ou à un diffuseur, et vous attendez, vous espérez. »

Bien que le réalisateur d’eXistenZ et de Vidéodrome manifeste une alacrité constante au cours de l’entretien à coups de saillantes punchlines (« pour moi, les films, c’est du sexe« ), il considère, sans toutefois jouer les vieux briscards – le cinéaste mise beaucoup sur la jeune génération de cinéastes telles que Julia Ducornau  ou April Mullen –, que l’essentiel de sa carrière est derrière lui : « Si je ne fais plus jamais de nouveaux films, ça me va tout à fait. Les gens ont été bouleversés lorsque j’ai dit ça, mais c’est vrai. »  

« Si l’un de mes projets obtient un feu vert, je redeviendrai obsédé, plongé dedans comme je l’ai toujours fait. Mais je ne ressens plus ce besoin désespéré de créer que j’avais l’habitude de ressentir quand j’étais jeune et que j’essayais de me faire un nom. Je voulais mettre toutes mes idées à l’écran, et désormais je l’ai fait« , ajoute-t-il dans ce passionnant entretien.

On ne doute pas de la forme olympique du cinéaste. Quand le journaliste du Guardian lui pose la question de savoir quel rapport il entretient avec son corps, lui qui aime à créer autour de cette matière tout un imaginaire sensuel, violent, bizarre autour de la mutation, celui-ci répond : « Est-ce que je pense à mon corps ? Tout le temps. Étant donné que j’ai 76 ans, je ne suis pas en trop mauvaise forme. Mon poids n’a jamais été aussi stable. Je n’ai pas arrêté de travailler depuis les vingt dernière années, et j’ai appris qu’en fait, on peut se muscler en vieillissant. Je suis plutôt en accord avec mon corps ces derniers temps, malgré le fait que mes traits se rident de plus en plus. J’ai une conscience permanente de mon corps. »  Comme le fait James Woods dans son Videodrome (1983), on a envie de dire : « Longue vie à la nouvelle chair ! »

En attendant de savoir s’il tirera sa révérence, on vous conseille de revoir ce Recut conçu par Blow Up autour de l’oeuvre organique et foisonnante du cinéaste :

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