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Damien Chazelle et Justin Hurwitz : retour en 5 musiques sur le tonitruant duo de « Babylon »

  • Damien Leblanc
  • 2023-01-17

Au cœur de la réussite de « Babylon » (en salles cette semaine) se trouve l’exubérante musique composée par Justin Hurwitz, une nouvelle fois indissociable de la vision du cinéaste Damien Chazelle. L’inséparable duo, qui s’est rencontré à l’université et qui signe là son cinquième long métrage ensemble, partage un âge commun (tous deux sont nés en janvier 1985) et a déjà marqué de son empreinte la récente histoire hollywoodienne grâce à une alchimie artistique récompensée par plusieurs Oscars et Golden Globes. Retour en cinq titres sur cette palpitante collaboration cinématographique.

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La fin de Whiplash au son de Caravan

Après Guy and Madeline on a Park Bench, film musicalde 2009 (pas sorti au cinéma en France), le duo Damien Chazelle-Justin Hurwitz se reforme pour Whiplash, qui prend à nouveau comme toile de fond l’univers du jazz. Suivant Andrew (Miles Teller), jeune batteur qui vit une relation conflictuelle avec Fletcher (J. K. Simmons), professeur au caractère féroce, le film offre un rôle prépondérant à la partition de Justin Hurwitz. Point culminant du récit, le moment où Andrew est invité à jouer dans un groupe constitué par Fletcher devient un sommet de tension quand le jeune homme prend l’enseignant de court en improvisant une transition à la batterie avant le morceau Caravan (un classique du jazz composé en 1936 par Duke Ellington, Irving Mills et Juan Tizol). Dans cette séquence où la lutte psychologique entre les deux personnages fait rage au rythme d’un montage frénétique, Hurwitz se réapproprie donc un morceau ancien. Façon pour le cinéaste et son compositeur de dessiner un territoire créatif qui revendique aussi une filiation avec des œuvres les ayant précédés.

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Chant en commun sur City of Stars dans La La Land

Avec La La Land, le cinéma de Chazelle entre dans une nouvelle dimension et remporte un vif succès public en plus de six Oscars 2017 (dont la meilleure réalisation pour Damien Chazelle et la meilleure musique originale pour Justih Hurwitz). Cette comédie musicale placée sous le signe de Jacques Demy narre la rencontre entre Mia (Emma Stone), une aspirante actrice qui travaille comme serveuse, et Sebastian (Ryan Gosling), pianiste de jazz qui multiplie les compromis artistiques. La relation amoureuse qu’ils vivront leur permettra de s’épauler et de percer dans la ville très concurrentielle qu’est Los Angeles. La chanson City of Stars (Oscar de la meilleure chanson originale) exprime bien l’atmosphère du film, prise entre envol sentimental et crainte d’une brutale retombée au sol. Dans la séquence où Mia et Sebastian chantent le titre autour d’un piano, la mise en scène indique autant une tentative de fusion entre les corps et les voix qu’un isolement individuel, l‘éclairage irréel et l’horizontalité de la cité des Anges formant un mur invisible entre les deux amants.

Le bracelet et le cratère dans First Man - le premier homme sur la Lune

Nouveau changement d’échelle pour Chazelle avec First Man (2018), biopic de Neil Armstrong (premier astronaute à avoir marché sur la Lune en 1969) qui se révèle plus mélancolique qu’épique. Faite de vibrations et de sonorités expérimentales, la bande originale d’Hurwitz (Golden Globe 2019 de la meilleure musique) accompagne également à travers une déchirante mélodie le deuil du héros, dont la fillette est décédée quelques années plus tôt.

Le film imagine ainsi que Neil Armstrong part sur la Lune avec le bracelet de sa fille disparue ; une fois arrivé à destination et après l’apparition d’images de souvenirs familiaux, Armstrong (Ryan Gosling) s’approche d’un cratère pour y laisser ledit bracelet. La déclinaison de la mélodie endeuillée qui retentit alors se nomme Crater et a la particularité d’être jouée au thérémine. Cette séquence sonne comme une profession de foi artistique pour le duo Chazelle-Hurwitz, qui confère là à des images potentiellement héroïques une profonde tristesse. Comme si leur œuvre commune consistait à doter des récits cinématographiques en apparence glamour d’une couche plus tragique et mortifère.

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Les horizons incertains du Manny and Nellie’s Theme de Babylon

Après plus de quatre ans d’absence sur grand écran, Damien Chazelle revient avec Babylon, fresque située dans le Hollywood des années 1920 où plusieurs personnages vivent la fin d’une ère pour l’industrie du cinéma. Démarrant par une longue fête endiablée dans une villa où se rencontrent notamment Manny Torres (Diego Calva), jeune homme qui rêve de travailler sur un plateau de tournage, et Nellie LaRoy (Margot Robbie), actrice aux rêves de gloire qui s’est incrustée à la soirée, le film fait entendre dès la première discussion entre ces deux personnages un thème musical doux et apaisant qui contraste avec la fureur générale de la fête.

Lorsque le jour se lève enfin et que la lumière pointe à l’horizon, comme une promesse de lendemains heureux après une nuit qui a révélé beaucoup de violence et de toxicité, cette mélodie romantique intitulée Manny and Nellie’s Theme retentit à nouveau et Manny déclare d’ores et déjà son amour à Nellie. Les destins des deux protagonistes seront liés pour de nombreuses années à venir et ce thème reviendra de multiples fois et sous différentes formes au fil du film, en semblant toujours poser la question : faut-il espérer de l’avenir qu’il réalise vos rêves les plus fous ou au contraire craindre qu’il vire à la désillusion ?

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La mélancolie énergique de Gold Coast Rhythm (Juan Bonilla)

Parmi tous les excellents titres de Babylon figure le très mélancoliqueGold Coast Rhythm (Wallach Party), qui résonnedès la séquence de fêteinaugurale et qui se trouvera ensuite souvent associé au personnage de Jack Conrad (Brad Pitt), acteur à succès et témoin privilégié du changement d’époque que connaît l’industrie hollywoodienne avec l’arrivée du cinéma parlant. Le morceau sera décliné en Gold Coast Sunsetpour illustrer la fin d’une journée de tournage ensoleillée qui crée une intense euphorie collective,ouenGold Coast Rhythm (Jack’s Party) lors d’une séquence autrement plus tragique où un protagoniste met fin à ses jours après avoir donné un ultime pourboire à un serveur.

Finalement, la variation la plus énergique sera Gold Coast Rhythm (Juan Bonilla), qui retentit lors d’une danse où Nellie retrouve enfin goût à la vie et évoque un départ pour le Mexique dans un élan sentimental déchirant. Àl’image d’un film qui associe les contraires et fait passer par des émotions variées pour s’achever sur une inoubliable note finale, la brillante bande originale de Justin Hurwitz (récompensée par le Golden Globe 2023 de la meilleure musique, en attendant les prochains Oscars) place la nouvelle année cinématographique sous les meilleurs auspices.

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