Festival de Venise 2022CinémaCultureLe magazine
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Vu à Venise 2022 : “The Eternal Daughter” de Joanna Hogg

  • Corentin Lê
  • 2022-09-06

Une cinéaste en quête d’inspiration s’installe, avec sa mère, dans un manoir isolé où, paraît-il, rôderait le fantôme d’une défunte. Pour « The Eternal Daughter », Joanna Hogg pose un pied en terrain fantastique avec l’un des plus beaux films vus cette année à Venise.

Tilda Swinton s’installe dans un hôtel pour son travail, croise des fantômes que personne d’autre ne voit et entend des bruits qui l’empêchent, la nuit, de trouver le sommeil... Non, ce n’est ni Memoria ni Trois mille ans à t’attendre, mais bien le nouveau film de Joanna Hogg qui, après The Souvenir Part I et II, occupe désormais le devant de la scène d’un grand festival international. Présenté en compétition, The Eternal Daughter (produit par Martin Scorsese) marque peut-être un passage de cap pour la cinéaste britannique, avec un film ambitieux et abouti, croisant l’imaginaire gothique d’Edgar Allan Poe (on pense à La Chute de la maison Usher de Jean Epstein ou au Twixt de Francis Ford Coppola) au rythme contemplatif de l’un de ses précédents films, Exhibition (encore inédit en France et dont la sortie est prévu en fin d’année), qui racontait déjà l’angoisse d’une quadragénaire à l’écoute d’étranges bruits émanant d’une demeure trop grande pour elle.

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Le style précis et ciselé de Hogg s’épanouit d’autant plus dans ce film-ci que les jeux de reflet et de dédoublement, pléthoriques dans son cinéma, accompagnent une figure qui ne cesse de passer d’un monde à un autre : des vivants aux morts, de la réalité à la fiction, du présent au passé. En prêtant ses traits à deux personnages (une mère et sa fille) qui se donnent la réplique sans parvenir à cohabiter dans le même plan, Tilda Swinton prolonge elle aussi son œuvre passionnante d’actrice liminale, avec un nouveau personnage d’érudite solitaire cherchant à dialoguer avec les fantômes et à enregistrer leurs complaintes.

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Weerasethakul, Miller et maintenant Hogg : la pâleur spectrale et l’allure atemporelle de l’actrice semble inspirer aux cinéastes des films en forme d’éloge de l’invisible et de tout ce qui s’évanouit dans la pénombre, avec pour Hogg un virage très personnel, dans un dernier acte lumineux, sur la relation poignante qu’elle a entretenu avec sa mère. Les miroirs du manoir, qui sont quasiment de tous les plans, trouvent alors un écho, bouleversant, dans la manière dont la cinéaste se met quelque part elle-même en scène en train d’écrire un film en forme de lettre d’adieu. Une pièce fascinante qui déplie, patiemment et sûrement, ses différentes strates, entre mise en scène du surnaturel et attention portée aux détails les plus intimes.

Image (c) A24

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