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À voir sur mk2 Curiosity : « Procès de Jeanne d'Arc » de Robert Bresson

  • Quentin Grosset
  • 2022-04-26

Parmi les grands films sur Jeanne d’Arc, il y a eu le diptyque « en-chanté » de Bruno Dumont ou, plus anciennement, la version tout en larmes de Dreyer. Mais le plus beau et le plus simple reste celui de Robert Bresson, centré sur son procès. Cinéaste catholique, il trouvait à travers un dispositif solennel matière à méditer sur la foi et le doute.

Jeanne d’Arc (Florence Delay, connue plus tard pour être la voix off si reconnaissable de Sans soleil de Chris Marker) apparaît d’abord de dos, couverte de noir. Dès le début du film, Robert Bresson pose l’héroïne comme une énigme. Certains vont se rattacher à sa parole, d’autres condamner celle-ci sans même l’écouter ; une affaire de croyance. Le motif de son procès est alors approché par le cinéaste de la manière la plus sèche et la plus dépouillée possible. En longue focale, la silhouette de l’accusée, seule contre tous, se détache de l’assemblée. En contrechamp, l’évêque Pierre Cauchon (Jean-Claude Fourneau) instruit le procès en hérésie entouré de ses pairs.

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Quelquefois, Jeanne adresse des regards entendus au prêtre Jean Massieu, qui la conseille par ses silences. La mise en scène, aussi minimaliste soit-elle, permet de donner écho au texte des dialogues, dits avec la raideur des fameux « modèles » bressoniens, et écrits en se basant sur des documents historiques relatifs au procès. Dans la tirade déterminée de la guerrière s’entend alors peut-être ce que revêt la foi pour Bresson : par exemple lorsque Jeanne avance que, si elle dit la vérité, elle ne dira pas tout pour autant – on peut la croire avec ferveur, mais il y aura évidemment toujours cette part cachée, cette hésitation, ce mystère.

Bresson semble trouver de la beauté dans cette mystique-là, à laquelle il oppose l’esprit pétri de certitudes, corporatiste et étriqué, des gens d’Église qui ne veulent pas l’entendre lorsqu’elle leur affirme avec aplomb que des saints lui ont demandé de combattre. Dans la seconde partie du film, où le procès se joue à huis clos – car, en public, il créait des dissensions entre les diocèses –, Bresson aborde à travers l’héroïne la question de la chasses aux sorcières. Une caméra subjective matérialise le regard d’hommes rustres qui, ne pouvant assister à l’audience, se placent derrière la porte et, à travers un trou de serrure, cernent Jeanne d’Arc comme leur bouc émissaire, tout en éructant hors champ des menaces de viols et de bûcher. Le cinéaste ne cesse alors d’insister sur les regards frondeurs et émancipateurs que Jeanne d’Arc, pas dupe sur son sort, leur adresse en retour.

du 28 avril au 5 mai sur mk2curiosity.com, gratuit

Images (c) mk2 Films

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