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« Incroyable mais vrai » : la nouvelle fantaisie absurde de Quentin Dupieux

  • Juliette Reitzer
  • 2022-02-11

Increvable, Quentin Dupieux présentait à Cannes son nouveau film, « Fumer fait tousser », alors que son long métrage précédent, « Incroyable mais vrai », montré à Berlin l’hiver dernier, arrive tout juste sur les écrans. Une fantaisie drôlissime qui mêle absurde, crise existentielle et casting de rêve.

En février dernier, à peine arrivées au Festival de Berlin, où le film était présenté en Séance spéciale, on savourait le nouveau Quentin Dupieux quand soudain : bug, l’écran s’éteint, le son continue, puis le film saute et reprend quelques minutes plus tôt. La salle était mi-figue mi-currywurst : fallait-il alerter le projectionniste, ou était-ce partie intégrante du programme ? Bon, c’était un banal problème de projection (déception) mais, quand même, drôle de timing : le film raconte justement l’histoire d’un couple (parfaits Alain Chabat et Léa Drucker) qui emménage dans une maison où se trouve un conduit aux pouvoirs fascinants…

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Les modalités sont assez techniques (on ne les dévoilera pas ici pour garder le mystère) et bien expliquées par l’agent immobilier très pro (génial Stéphane Pezerat) qui fait la visite : cette trappe, dans la cave, c’est le clou du spectacle. Ouvrez-la messieurs dames, et descendez dans le trou – vous n’allez pas en croire vos yeux. Le couple sceptique s’engouffre, emprunte l’échelle métallique, et… n’en croit pas ses yeux. « Incroyable, non ? » dit l’agent immobilier, bon vendeur. « Vous la prenez ? » Ils la prennent, bien sûr, et très vite la femme est comme happée par ce trou magique, dans une quête narcissique vers la jeunesse et la beauté (qui se mue évidemment en descente dans la folie), tandis que lui la regarde, tristoune mais impuissant. Ce que n’est pas le cas de son ami et patron, joué par Benoît Magimel (génial en assureur beauf), qui s’est fait greffer une bite électronique qu’il commande depuis son smartphone (ce qui le mène, lui aussi, tout droit vers la folie narcissique).

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À partir de ces deux intrigues (le trou et la bite, donc), Dupieux déroule habilement son programme de toujours : laisser l’absurde percer le banal (et dans ce registre, soyons clairs, Alain Chabat est inégalable), puis observer (avec humour et style) les dérèglements occasionnés, glissant çà et là des hommages à ses maîtres – une image empruntée à Un chien andalou de Luis Buñuel, un clin d’œil à Didier de Chabat. C’était une mouche géante dans Mandibules, un pneu qui traçait sa route dans Rubber, une bosse énorme qui défigurait Éric Judor dans Wrong Cops…

Ici, Dupieux s’amuse en plus à faire s’entre­choquer les époques, une science-fiction branlante (la fameuse verge n’arrête pas de tomber en panne) côtoyant une nostalgie tout aussi hors sol (le héros joue à Pac-Man au lieu de bosser et fait de la pêche à la ligne pendant que sa femme perd la boule). À l’arrivée, tout le monde semble largué, inadapté à une époque elle-même barrée (idée qui parcourt encore le dernier film de Dupieux, Fumer fait tousser, qui vient d’être présenté à Cannes en Séance spéciale), mais – même si le film se délite un peu sur la fin – on s’est bien marrés.

Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux, Diaphana (1 h 14), sortie le 15 juin

Images (c) Diaphana

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