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« Slalom » de Charlène Favier : pente raide

  • Laura Pertuy
  • 2021-05-12

Charlène Favier observe les blessures diffuses de l’adolescence avec, au cœur de ce premier long métrage (repris le 19 mai), l’idée du corps féminin comme instrument de pouvoir, et la fulgurante Noée Abita.

Quand Lyz, 15 ans, intègre la section ski-études d’un lycée de Savoie, son nouvel entraîneur voit en elle la perspective de victoires providentielles. Nourrie par ses encouragements, la jeune fille se plonge dans l’entraînement avec une détermination aveugle et se trouve bientôt dépassée par l’emprise émotionnelle qu’exerce cet homme sur elle… Dans ce premier film, en sélection officielle à Cannes en 2020, Charlène Favier dessine la trajectoire d’une jeune fille délaissée par sa mère et magnétisée par la foi que place en elle une figure tutélaire.

S’y donne à voir, avec une franche empathie de la réalisatrice pour son personnage principal, l’oscillation ténue entre l’enfance – où se mêlent innocence, incompréhension et peur brute – et un âge très précoce où les filles doivent déjà s’assumer, comprendre les codes d’une société inégalitaire. Slalom parvient à recueillir au même endroit et dans une temporalité de quelques mois seulement les transformations malignes qui se jouent dans la vie de Lyz. Le rapprochement insidieux qu’opère à son égard son entraîneur, l’insouciance des garçons qui l’entourent et la cohésion familiale qu’elle entrevoit chez ses amis gagnent un corps promis à la compétition et convoité par d’autres.

Une violence sourde semble tendre ses muscles jusqu’à l’épuisement. En installant son récit dans un univers de discipline sportive et de rigueur météorologique, Charlène Favier réfléchit la place du corps féminin dans un milieu encore très normé et la charge mentale sous laquelle plie l’héroïne.

Jérémie Renier, en entraîneur sur le fil, traduit avec finesse les nuances vicieuses que peut emprunter la domination masculine. Son personnage dit une masculinité retranchée dans ses derniers bastions, possible parallèle avec les questionnements soulevés par #MeToo. Noée Abita – que Charlène Favier avait déjà dirigée dans Odol Gorri, nommé au César du meilleur court métrage cette année – incarne, elle, le trouble de façon remarquable et met son irrévérence brute au service du rôle. Dans le brouillard des pistes et des rapports de force, Liz n’a d’autre visée que d’enfin s’appartenir à elle-même.

: Slalom de Charlène Favier Slalom, Jour2fête (1 h 32), sortie le 19 mai

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