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CANNES 2022 · « Triangle of Sadness » de Ruben Östlund : sans filtre

  • Renan Cros
  • 2022-05-23

Le réalisateur du palmé « The Square » revient en compet avec une grosse comédie qui tâche sur l’argent, les rapports de pouvoir et l’indécence de notre époque. Attention, ça déborde.

Ce film a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes 2022.

Entomologiste de nos bassesses et de nos pires travers, le réalisateur suédois peint sur l’écran de son cinéma le monde tel qu’il le dégoûte. Après la veulerie masculine dans Snow Therapy, la morale bourgeoise dans The Square, il s’attaque avec Sans filtre (le titre original Triangle of Sadness est plus parlant) à l’argent roi. Qui possède et qui est possédé ? De cette vaste question qui fait tourner en rond le monde capitaliste, Östlund tire une farce en trois actes.

Il plonge d’emblée au cœur du réacteur, en ouvrant son film avec une scène hilarante de casting de mannequin hommes où les corps photocopiés sont là pour vendre du luxe avec le sourire en option. Avec son sens du cadre minimaliste qui étire le malaise, Östlund installe dans ce premier acte une comédie amoureuse entre une influenceuse et un mannequin sur la place de l’argent dans le couple et la dynamique de genres. Le ton est acerbe, la situation absurde, et Ostlund sait jouer comme toujours des effets de ruptures et de redondance à merveille.

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Moins bourreaux que victimes consentantes, ces deux personnages deviennent le pilier vacillant d’un film qui va aller de plus en plus loin. Dans le deuxième acte, embarqué sur une croisière de luxe, les rapports de force et d’argent s’aiguisent, la laideur est partout et Östlund de basculer sans préambule dans la grosse farce qui tâche (avec effet mal de mer pour le spectateur). Hommage appuyé et graphique au Sens de la Vie des Monty Python, cette partie agit comme un défouloir, une sorte de catharsis comique qui dégueule (littéralement) sur l’écran toute la monstruosité des puissants. Pas finaud certes, mais tellement énorme, tellement burlesque, tellement frontalement comique, que quelque chose lâche et va jusqu’à l’épuisement sidéré du spectateur hilare.

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Alors, Östlund d’orchestrer dans un troisième acte buissonnier, sur une île déserte, un renversement ironique qui rebat les cartes du pouvoir. La mécanique n’est pas nouvelle et Östlund a la satire un peu courte (le pouvoir rend pervers). Mais il est sauvé par son couple de héros qui, perdus dans un monde qui les a dépossédés d’eux-mêmes, rêvent de s’appartenir l’un à l’autre. Méchant, grossier, étrangement lucide, du cinéma de sale gosse.

Le Festival de Cannes se tiendra cette année du 17 au 28 mai 2022. Tous nos articles sur l’événement sont à suivre ici.

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