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« Nightmare Alley » : jeux de dupes

  • Julien Dupuy
  • 2022-01-14

C’est l’œuvre de toutes les premières fois pour Guillermo del Toro : premier casting de stars (Bradley Cooper, Rooney Mara, Cate Blanchett), premier scénario adapté d’un roman, première intrigue dénuée de tout élément fantastique. Une incartade qui permet au réalisateur de « La Forme de l’eau » de se renouveler sans se renier.

États-Unis, dans les années 1940. En rejoignant une troupe de forains, le vagabond Stan Carlisle (Bradley Cooper) se découvre un formidable talent pour manipuler son auditoire. Mais, après lui avoir permis de rencontrer l’amour (Rooney Mara) puis de faire fortune, ce don l’entraîne sur la voie du crime…

À travers ce bref résumé apparaît un point de rupture primordial de Nightmare Alley : alors que ses précédents héros se caractérisaient par leur pureté, Guillermo del Toro se focalise ici sur un personnage d’une terrible duplicité, plombé par la cupidité et une profonde haine de soi. Ce portrait tout en nuances, il le brosse en embrassant pleinement les codes du film noir (genre du mensonge par excellence), mais aussi en accordant une place prépondérante à ses personnages. Là où ses films se caractérisaient jadis par une boulimie euphorisante qui faisait s’entrechoquer des archétypes (Hellboy, Le Labyrinthe de Pan), le cinéaste prend ici le temps de laisser se dérouler de longues scènes de dialogues intimistes et, chose rarissime chez lui, de se poser en plan fixe pour saisir, derrière un visage mutique, une furieuse guerre intérieure.

3 questions à Guillermo del Toro, réalisateur de « La Forme de l’eau »

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Avec Nightmare Alley, il parle aussi de son statut d’homme de spectacle et, par extension, de son rôle dans le monde. En suivant d’abord le quotidien des forains, il nous invite à pénétrer les coulisses de ses propres « foires aux monstres » (le Freaks de Tod Browning est d’ailleurs cité). La plongée dans les méandres putrides de l’âme humaine qui suit dénonce le basculement du conteur qui oserait transformer ses salvatrices duperies ludiques en arnaques mortifères. Car, si Guillermo del Toro a toujours renié la réalité dans ses œuvres, c’est pour mieux se rapprocher de la vérité, valeur cardinale de ses films. Nightmare Alley, comme toutes ses précédentes fables, se conclut sur une morale, qui s’apparente ici à une glaçante mise en garde : le mensonge mène droit à la plus terrible des folies.

Nightmare Alley de Guillermo del Toro, Walt Disney (2 h 20), sortie le 19 janvier

Image (c) Kerry Hayes/2021 20th Century Studios

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