
Jonathan Morali n’avait pas vraiment disparu des radars, il s’était juste autorisé un pas de côté pour cheminer sur les terres du cinéma, avec des BO pour Éric Rochant, Rémi Chayé ou Mélanie Laurent, puis se diriger vers le jeu vidéo, avec des partitions remarquées pour Life is Strange.
Néanmoins, son nouveau projet sous la bannière Syd Matters s’était fait attendre. « Après tant d’années de gestation, me voici qui chante », susurre-t-il sur « Many Years in a Making », au milieu d’une forêt d’arpèges de guitare et d’un tapis de synthés mousseux. Ses textes, obsédés par l’obscurité, font remonter, par vagues de pensées sombres, ses souvenirs à exorciser, ses deuils non cicatrisés et ses doutes (« Par où commencer ? / Où m’arrêter ? »), dans une confusion permanente entre flux de conscience intimiste et visions d’apocalypse.
Si les paroles de ce curieux Gospel n’irradient pas la joie de vivre, du james-grayien « Armageddon Time » aux ténèbres d’« In the Darkness », de la colère asphyxiante de « Choking on Anger » au cauchemar infernal de « Nuclear » (où l’avenir de l’humanité apparaît en « des rangées de cadavres flottants qui luisent dans la nuit »), les mélodies de Morali, en revanche, nous remonteraient presque le moral.
Lumineuses, habitées par une voix tremblée qui évoque tour à tour les sortilèges folk de Midlake, José González, Sufjan Stevens ou Bon Iver (pour l’émouvante touche d’Auto-Tune), elles entrent en tension harmonieuse avec le propos cafardeux. Entraînantes à leur façon brumeuse, ces onze chansons ménagent un précieux îlot de douceur pour la fin des temps.
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A Gospel of Some Sort (Créature),
sortie le 4 septembre
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