
On connaît le goût de Marie Losier pour un cinéma artisanal, affranchi de tout cadre narratif, qui s’attache avec tendresse aux figures excentriques de son entourage. Devant sa caméra – son inséparable Bolex H16 –, des musiciens emblématiques comme Alan Vega, Genesis P-Orridge, Tony Conrad, Felix Kubin, Peaches ou The Residents livrent leur intimité en toute liberté.
Dans leur monde alternatif, rattrapé par la dureté du quotidien, le panache et la bouffonnerie camp font un bras d’honneur au star-system. Si ses films s’inscrivent dans l’héritage de l’underground new-yorkais et des journaux filmés de Jonas Mekas, ses aquarelles renouent avec la vraie-fausse innocence de l’enfance et sa part de névrose bonbon. Marie Losier ne dessine que celles et ceux qu’elle aime – et qui le lui rendent bien. Des modèles dégingandés, alanguis ou assoupis, revêtus de leurs propres rêves. Les couleurs se diluent, cernées par un trait faussement naïf qui traque et détraque la mécanique de la psyché. D’un pied velu ou d’une main démesurée surgissent requins, lolcats, lapin-monstre, dalmatien, Blanche-Neige ou Rembrandt.

On reluque alors ces secondes peaux : ailes de chamanes, pieds de loups-garous ou gants griffus, reliques d’une métamorphose cousue main. L’angoisse rejoint l’euphorie dans cette manière de suturer le réel avec l’imaginaire : artifice outré, proportions triturées, collages et distorsions d’échelle. Monstrueux pour de rire, pour conjurer le mauvais œil et tenir la mort à distance. Ultime facétie : des pochettes de disques détournées, 33 tours de schlager où le visage de l’artiste se substitue à celui des musiciens et se duplique en diablotin espiègle. Chez cette bonne fée des freaks, l’amour et l’humour sont les derniers bastions de résistance, bravant l’esprit de sérieux et l’hubris de nos congénères dégénérés.
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« Arrière-train fantôme », à la galerie Anne Barrault,
du 5 septembre au 31 octobre
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