
Depuis près de trente ans, Marie Dumora arpente l’est de la France, caméra à l’épaule. Les paroles recueillies lors d’un précédent film (Belinda, 2018) l’ont conduite jusqu’à la « cicatrice rose », une carrière de granit surplombée par la Ligne bleue des Vosges.
C’est à proximité de ce gisement, dont les pierres ont servi aux projets monumentaux du Troisième Reich, qu’a été bâti le seul camp de concentration nazi implanté sur le territoire français actuel. Ce camp de Natzweiler-Struthof continue de hanter la mémoire des villages alentour, alors annexés par le Reich allemand. Si les témoins directs sont devenus rares, la cinéaste capte, avec pudeur, les témoignages saisissants de leurs enfants. Leurs voix font ressurgir une mémoire longtemps enfouie : celle de villageois qui fermaient leurs fenêtres pour échapper à la fumée de corps incinérés.
En dessinant progressivement la carte de ce territoire magnifique, où les pires horreurs ont été commises, le film donne à entendre des actes courageux : gravir un mont à travers la forêt, de nuit, pour remettre une lettre à un détenu ; cacher des vivres sous le manteau et les faire passer en douce à un prisonnier, au risque d’être à son tour enfermé. Des actes de résistance qui rappellent que, au cœur même de la barbarie, certains refuseront toujours de détourner le regard.
La Ligne bleue, sortie le 16 septembre de Marie Dumora, Dulac (2 h 04)