Vu à la Mostra de Venise 2026 : « Un détour par Diane » d’Ann Sirot et Raphaël Balboni, un film élastique

Après « Le Syndrome des amours passées », le duo belge Ann Sirot-Raphaël Balboni persiste et signe dans son univers loufoque, à la lisière du surnaturel, le temps d’un face-à-face tragicomique entre mère et fille qui ne se comprennent plus.


un detour par diane
Un détour par Diane

Quelque chose frappe d’emblée chez Sirot et Balboni : leur manière de filmer les scènes de sexe comme des bulles fantaisistes, où les corps irisés se touchent et s’embrassent avec malice. Un détour par Diane, leur troisième film, traite pourtant du sujet délicat des violences sexuelles et de ce qu’on en fait, à travers une relation mère-fille comme on en voit rarement à l’écran.

Relation en l’occurrence asymétrique, à tel point qu’elle en devient burlesque : Diane (Ninon Borséi) et sa mère (Sandrine Blancke, bientôt à l’affiche de Notre salut) sont comme un duo mal assorti, bad cop, good cop ; l’une enragée, l’autre apeurée. Le jour où Diane apprend que sa mère a été violée dans sa jeunesse, ni une ni deux : elle décide en secret de retrouver le coupable. Mais la vie et ses déconvenues vont lui jouer des tours, tout autant que les cinéastes et leur écriture façon poupées russes.

Le duo a un vrai talent pour tirer le sel de chaque situation jusqu’à la moelle, comme une matière qu’on travaille et qu’on étire. Le résultat est soit très drôle, soit très poétique, vecteur d’images qui font mouche. Mais leur signature tient d’un geste simple : filmer leurs comédiens sur la durée, puis accélérer certaines scènes en jump cut. Le procédé n’a rien de réaliste et justement, il participe au rythme effréné d’un film comme en permanent état de grâce.

Quand bien même son sujet – très sérieux – aurait pu accoucher d’un drame social en bonne et due forme, Sirot et Balboni n’en font qu’à leur tête. Et vont même jusqu’à convoquer l’imaginaire du western, costumes et personnages improbables à l’appui, dans un film qui ne craint pas spécialement le mauvais goût.

Qu’on ne s’y trompe pas : c’est tout à l’honneur des cinéastes, dont on se réjouit qu’ils brouillent un peu les lignes et les exigences du cinéma francophone, un peu à la manière des frères Larrieu. Et dont l’univers a aussi le don de révéler des comédiens, en témoigne la performance de Ninon Borséi, qu’on croirait tout droit sortie d’une comédie slapstick.