LA SEXTAPE · « I Want Your Sex » : une délicieuse bataille des désirs

Douze ans que Gregg Araki n’avait pas réalisé de long métrage. Entre-temps, MeToo est passé par là, et la Gen Z a fait du consentement explicite sa langue maternelle.


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C’est dans ce contexte géopolitico-libidinal qu’il revient avec un film au titre frontal, I Want Your Sex, fable érotique camp, désinvolte et joyeusement vulgaire sur des sujets radioactifs : le sexe, le consentement, l’asymétrie de pouvoir, l’art comme prétexte à tous les abus. Cela faisait longtemps que je n’étais pas sortie d’une salle en ayant autant ri et en sachant si peu ce que je pensais d’un film. La vraie question au cœur du film : que veut-on vraiment quand on veut du sexe en 2026 ? Elliot (Cooper Hoffman), jeune homme pataud et fauché, devient l’assistant d’Erika Tracy (Olivia Wilde), artiste à succès et prédatrice assumée.

Elle en fait son jouet sexuel, l’offre même à une amie de passage (Roxane Mesquida) quand elle ne lui enfonce pas des godemichets roses dans les fesses. Dans l’une des images les plus arakiennes du film, Elliot passe son après-midi à mâcher et à coller des chewing-gums roses sur un dessin de vulve géante fait par Erika. Puis il verbalise l’évidence, mi-rêveur, mi-paniqué : « I’m a slave of this vagina. 

Ce vagin devient le centre de gravité du film, où convergent pouvoir, art, sexe et argent. Le dispositif a quelque chose du film La Secrétaire (de Steven Shainberg, 2003), aux rôles inversés, une émancipation par le BDSM qui tourne mal. Erika lâche cette phrase, l’air de rien : « L’art devient une trace résiduelle de l’ascension de quelqu’un. » Son œuvre est le sillage même de ses abus. Elle filme à leur insu ses amants en poses de bondage outrancières, sature les couleurs, quelque part entre David LaChapelle et Jeff Koons.

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Une opération de pouvoir déguisée en pratique sensible. D’un côté, Erika appartient à une génération pour laquelle le désir passe par le flou, les rapports de force, le danger comme école de soi. Elliot appartient, lui, à celle qui a grandi avec le porno performatif, dans une époque où les limites se verbalisent, se négocient, se contractualisent presque. Ils parlent tous les deux de sexe, mais pas avec la même langue. Araki regarde cette relation avec assez d’ironie pour ne jamais l’approuver, et assez de glamour pour ne jamais la condamner.

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I Want Your Sex de Gregg Araki, Metropolitan FilmExport (1 h 30), sortie le 29 juillet

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