« Des fleurs pour Tokyo » de Yuiga Danzuka : un premier film digne de Ozu

Présenté à la Quinzaine des cinéastes à Cannes l’an passé, le premier long métrage de Yuiga Danzuka sonde avec poésie les liens fragiles qui unissent une famille fracturée dans un Tokyo à l’âme évanescente.


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À quoi bon renouer avec son père, que Ren tient en partie responsable du suicide de sa mère dix ans plus tôt ? On se le demande, tant cette figure paternelle insaisissable semble entièrement absorbée par son travail de paysagiste-concepteur.

Si Hajime apporte du mieux-vivre aux Tokyoïtes en remodelant harmonieusement les parcs et les galeries commerçantes de leur ville, il paraît dénué de la moindre affection pour les siens. C’est en tout cas le sentiment qui se dégage des quelques « dialogues de sourds » avec son fils et sa fille. Des échanges qu’il qualifie plusieurs fois par cette expression, qui dit tout de son impossibilité à communiquer ses émotions. Avec une profonde délicatesse et un impressionnant sens du cadre, Yuiga Danzuka rend palpable cette froideur contemporaine qui contamine les artères sans âme de la fourmillante métropole japonaise.

S’ils symbolisent l’amour, les somptueux bouquets d’orchidées papillon livrés par Ren ne sont qu’une parure élégante pour cacher le vide qui emplit ces êtres sans repères. Quand les façades hypocrites se fissurent et craquent – le rire ahuri de Ren devant les larmes de son père –, l’émerveillement redevient possible : devant la beauté épurée d’un édifice, ou à la simple évocation d’un bon bol de nouilles soba propice à dégeler les cœurs.

Des fleurs pour Tokyo de Yuiga Danzuka, sortie le 5 août, Nour Films (1 h 55)