
Une héroïne qui reprend toute sa place
Racontant la vengeance de The Bride (Uma Thurman), laissée pour morte le jour de son mariage par une organisation de tueurs avant de sortir du coma, Kill Bill: The Whole Bloody Affair fluidifie le récit en supprimant par exemple la fin du premier volume qui nous donnait un temps d’avance sur l’héroïne et nous informait que son bébé était encore en vie. Refusant cette position surplombante sur le personnage, ce montage renforce l’empathie pour cette femme victime de violences et décuple la force émotionnelle du moment où elle découvrira la vérité.

Un monde de prédateurs masculins
Derrière ses scènes d’action et ses héroïnes badass (Daryl Hannah et Lucy Liu), Kill Bill met aussi en scène les violences sexuelles et l’emprise masculine. Violée pendant son coma, The Bride est surtout la victime de Bill (David Carradine), son ancien amant et employeur, mais aussi le père de son enfant. Cet homme qui refuse de voir cette femme lui échapper orchestre son assassinat. Des agissements qui prennent un nouveau relief après #MeToo, qui a permis de mieux comprendre les mécanismes d’emprise, dans les sphères professionnelles comme intimes.

L’ombre pesante de Harvey Weinstein
Producteur délégué de Kill Bill (comme pour Pulp Fiction, Inglourious Basterds ou Django Unchained), Harvey Weinstein figure toujours au générique. Près de dix ans après #MeToo, né des révélations sur ses multiples viols et agressions sexuelles, revoir ce film sur une héroïne maltraitée et abusée sexuellement en sachant qu’il a participé au projet laisse un goût étrange. D’autant qu’Uma Thurman a révélé en 2018 avoir été agressée par le producteur dans les années 1990.

Tarantino face à ses contradictions
Si Kill Bill a longtemps été qualifié d’œuvre féministe, ses conditions de fabrication interrogent, notamment après l’accident de voiture subi par Uma Thurman sur le tournage et les scènes d’étranglement de l’actrice directement effectuées par le cinéaste. Après avoir déclaré lors de l’éclatement de #MeToo qu’il regrettait de ne pas s’être opposé plus fermement aux agissements de Harvey Weinstein, Quentin Tarantino a-t-il fait évoluer son regard sur les VSS ? Dans Once Upon a Time in… Hollywood, son dernier film en date, il réécrit le destin de l’actrice hollywoodienne Sharon Tate en empêchant son assassinat sordide en 1969. Manière de dresser aussi un pont avec la fin de Kill Bill, qui libérait définitivement l’héroïne de l’emprise de Bill.
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