
Lauréate du Turner Prize en 2013 et représentante de la France à la Biennale de Venise en 2019, l’artiste Laure Prouvost élabore des environnements protéiformes où s’agrègent vidéo, sculptures, sons, textes, végétaux et même odeurs. Un joyeux chaos nourri de récits intimes, où l’humour absurde et les jeux de langage chamboulent notre perception du réel. Présentée l’an dernier à Kraftwerk Berlin, cette installation pousse plus loin encore la distorsion de l’espace-temps. Elle résulte de deux années de conversations avec le philosophe Tobias Rees et le scientifique Hartmut Neven autour d’une question vertigineuse : « Que pourrait-on ressentir en percevant la réalité d’un point de vue quantique ? »
Pour y répondre, Prouvost a eu accès à un prototype d’ordinateur quantique, prochaine étape de la révolution technologique après l’IA. Un tunnel empli de fréquences mène à l’immense sculpture The Beginning : un drapé tentaculaire à six bras dont le cercle central apparaît derrière un rideau de filaments bleutés. Visible une fois allongés, la vidéo We Felt a Star Dying nous immerge dans un rêve éveillé explorant l’intérieur de la matière. Un chœur d’enfants et la voix de l’artiste accompagnent un flux d’images génératives révélant l’intrication entre humain et non-humain, vivant et mécanique, infiniment petit et infiniment grand.

En l’air gravitent des Cute Bits, sculptures à l’allure de météorites hérissées de fleurs séchées et de fils de laine. Scénographiées comme un « ballet quantique » où deux particules interagissent à distance, elles diffusent sons spatialisés, ondes lumineuses et odeurs minérales. Fidèle à sa verve poétique, Prouvost parvient à nous faire éprouver le sentiment d’appartenance à un tout cosmique, à une seule et même chaîne d’atomes et de photons.
Nous, frissons d’étoiles de Laure Prouvost, au Grand Palais, jusqu’au 26 juillet.
