
Les effets spéciaux sont fréquemment exploités pour pallier aux limites technologiques du cinéma. C’est le cas de trois plans tourbillonnants qui propulsent leur caméra dans d’étroits escaliers en colimaçon.
Débutons avec un chef-d’œuvre du film d’horreur : La Maison du diable (1963) de Robert Wise. Dans un plan subjectif de l’héroïne, la caméra gravit les marches d’un escalier en fer forgé. Faute de pouvoir installer une grue ou même un travelling dans ce décor étriqué, Wise avait utilisé la rampe de l’escalier comme un rail, sur lequel il pouvait faire glisser sa caméra vers le sol. Il lui avait suffi d’inverser le plan au montage, pour obtenir une ascension angoissante vers des sommets de terreur.

La descente frénétique de l’escalier en colimaçon par la danseuse des Chaussons Rouges (1948) fut nettement plus difficile à obtenir. Michael Powell et Emeric Pressburger filmèrent en effet ce drame flamboyant en couleurs, autrement dit avec une caméra d’une taille imposante. Et puisqu’ils ne pouvaient pas faire tourner cet énorme appareil dans l’étroit escalier, c’est l’escalier qui tourna face à leur caméra : le décor pivotait en effet sur lui même, pendant que l’actrice dévalait les marches. Il suffisait de faire descendre la caméra face au décor articulé, pour créer une étourdissante spirale.

Grand fan des Chaussons rouges, Martin Scorsese a exploité un principe similaire soixante ans plus tard dans Shutter Island (2010). L’escalier que gravit le personnage de Leonardo DiCaprio dans le final du film était lui aussi mobile. Mais il était cette fois installé devant un écran vert remplacé, en postproduction, par des murs reproduits en images de synthèse.
