CANNES 2026 · « Le Vertige » de Quentin Dupieux : bienvenue chez les Sims

Avec son premier d’animation Quentin Dupieux joue avec la forme pour mieux rire et s’inquiéter de notre époque flippée.


le vertige

Comme souvent chez lui, tout est dans l’œil du spectateur. Balancé dans un monde 3D à l’animation polygone façon jeu vidéo du début des années 2000, on s’amuse au départ du kitsch et du décalage. A l’heure où la technique cherche à se confondre avec le réel, Dupieux s’amuse avec l’archaïsme d’une animation pleines de bug et d’approximations. D’autant plus que le personnage d’Alain Chabat en est sûr, sa réalité est une simulation. Venant annoncer cette découverte à la Matrix (« qu’il n’a pas vu » dixit le film) à son meilleur pote Jonathan Cohen, le film va entrainer ces deux-là vers une réflexion métaphysique tordante.

Dupieux joue ici sur la supériorité du spectateur, la distance entre les doutes existentiels de ces personnages et le rendu abstrait et approximatif à l’image. Bugs improbables, rendu polygone tordant et épiphanie numérique, le film multiplie les gags grâce à l’abattage parfait du duo. Mais à l’instar de La Grande Aventure Lego où des personnages animés prenaient conscience de leur état, Dupieux a plus d’un tour dans son Vertige. Portrait flippé du complotisme au service du capitalisme et de la façon dont l’inquiétude crée de fausses certitudes, le film nous tend un miroir à peine déformé sur notre époque et ses abimes. Avec en conclusion un ultime tour de passe-passe tordant qui crée le doute. Comme si Dupieux préférait le vertige des questions à la bêtise des réponses toute-faites.

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