
Le deuxième film de Rudi Rosenberg (après Le Nouveau, sorti en 2015) débute par une séquence à la simplicité désarmante. Abigaëlle, 7 ans, accompagne sa mère Erika (Hafsia Herzi) qui sonne à un interphone. L’objectif est que la petite fille rencontre enfin son père, qu’elle n’a jamais connu, mais l’homme n’apparaît que furtivement à la fenêtre et refuse d’ouvrir.
Cette figure paternelle demeure ainsi aux yeux d’Abigaëlle une silhouette floue qu’elle cherchera à retrouver au fil des ans. Situé à Sarcelles, d’abord en 1995 puis au début des années 2000, Quelques mots d’amour dresse le portrait d’une mère célibataire et de ses deux enfants (Abigaëlle et son petit frère Yoni), trio familial qui se construit sous le précieux regarde d’un cinéaste alliant brillamment sens de l’humour et tendresse absolue.
Ici, les blagues vaseuses du petit frère, les amitiés fusionnelles de l’adolescente Abi ou les maladresses d’une mère qui cherche auprès de son entourage des oreilles compréhensives sonnent comme autant de besoins criants d’être aimé et entendu. À mesure qu’Abigaëlle (tour à tour interprétée par Ella Bedoucha et Nour Salam) grandit et devient obsédée par la quête de ce père inconnu, elle délaisse le reste de sa famille et ne décèle pas tous les trésors affectifs qu’elle a autour d’elle. Et le talent de Rudi Rosenberg consiste justement à faire ressentir, par touches tragi-comiques, la générosité extrême d’une communauté de personnages. Ils font souffler sur le Sarcelles des années 2000 un vent de cohabitation joyeuse, où finissent par irradier de splendides preuves d’amour qui ont mis longtemps à s’exprimer et trouver leur chemin.
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