
En 2017, il avait 26 ans et pris tout le monde de court. Kantemir Balagov présentait Tesnota, son premier film, au Festival de Cannes, dans la sélection Un certain regard. Bilan : une révélation et un prix FIPRESCI. Après Une grande fille en 2019, voici ce natif de Naltchik, petite ville du Caucase qui abrite la communauté tcherkesse, de retour en ouverture de la Quinzaine des cinéastes.
Entre les deux, Balagov, opposé à l’invasion de l’Ukraine, s’est réfugié aux États-Unis, et il raconte précisément cela, l’exil dans le New Jersey – difficile de ne pas penser aux débuts de James Gray et les Ukrainiens de Little Odessa. Un jeune lutteur, Temir, vit avec Azik et Zalya, qui tiennent un petit restaurant. Leurs liens exacts sont flous et il est beau de les découvrir pour relire alors leur tendresse ou leur rugosité à l’aune de ce que l’on ne soupçonnait pas. Le vol d’un pélican fait basculer l’équilibre fragile du groupe, comme un lutteur retournerait son adversaire.
Butterfly Jam parle des dynamiques qui s’inversent subitement et des jeunes générations qui rompent avec la violence des précédentes. À la beauté des lumières et la virtuosité des cadrages s’ajoute un scénario d’une précision remarquable, dans lequel tout est rappelé pour de magnifiques pas de côté – une machine à barbe à papa, des alarmes de voiture. Et Kantemir Balagov de rappeler surtout que les légendes qu’on invente servent moins à célébrer les morts qu’à aider les vivants à survivre.
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