CANNES 2026 · « La Frappe » de Julien Gaspar-Oliveri, un drame intense sur la banalité des monstres

On l’attendait et avec son premier long métrage, Julien Gaspar-Oliveri vise juste et fort. Récit grave et précis d’un mal qui se tait, « La Frappe » épouse le regard d’un jeune homme qui s’aveugle pour pouvoir tenir debout. Jusqu’à l’effondrement.


la frappe
(c) Ad Vitam

Dès les premières minutes, avec son sens du naturalisme percuté par le lyrisme fou qui faisait déjà des merveilles dans sa série Ceux qui rougissent, la caméra de Gaspar-Oliveri longe la peau d’un corps qui dort et capte ses infimes frémissements. Qu’est-ce qui se cache sous cette peau ? Quelle relation unit aussi fort ce frère et cette sœur ? La tension est là, palpable alors même que la première séquence dérape dans la colère et sidère le spectateur dans un étrange éclat de rire. Elle, regarde son frère s’inventer une vie, se fondre dans la banalité. Alors que quelque chose la ronge.

Ce mal, on le comprend très vite, c’est le retour du père. Tandis que le jeune homme redevient fils et accueille le père chez lui, elle, disparaît. Le spectateur doute, se pose mille questions dont il soupçonne hélas les réponses. Mais la force de la mise en scène, l’impressionnante direction de jeu de ce trio fils-père-fille tient le spectateur accroché à l’écran, en attente que tout ça explose.

En père banal dont la présence crée pourtant une tension étouffante, Bastien Bouillon dérange, crée un malaise. Faut-il s’inquiéter ? Qu’est-ce qui se joue là, devant nous ? Alors qu’on croyait avoir compris, alors qu’on pensait le film balisé par le drame, Julien Gaspar-Oliveri va là où d’ordinaire un certain cinéma bourgeois refuse d’aller. Sans jamais l’image de trop, il explore le vertige d’une victime, son incapacité à dire, la fêlure que la frappe des hommes monstrueux a ouverte en elle et qui la pousse peut-être vers son bourreau.

Tandis que la tension monte, que tout dérape irrémédiablement, le drame sordide et voyeur est comme balayé par la complexité, la douleur indicible de son personnage principal et projette le spectateur dans les zones d’ombres des effets fous de la violence. Dans le regard perdu de Diego Murgia, sidérante révélation du film, dans la compassion et les larmes de Romane Fringeli, puissante actrice, Julien Gaspar-Oliveri raconte la banalité des monstres et la fragilité inquiète de ceux qui leur ont survécu.


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