NOUVELLE STAR · Diego Cespedes : « C’était important pour moi d’explorer la question du regard »

Dans son électrisant western queer « Le Mystérieux regard du flamant rose » (prix Un certain regard à Cannes), le cinéaste chilien affirme l’importance des familles choisies.


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Photographie : Julien Liénard pour TROISCOULEURS

Au pic de l’épidémie de sida, des mythes anxiogènes stigmatisaient les personnes atteintes. Mais, aujourd’hui, de nouvelles générations d’artistes en créent d’autres, traversés de poésie et d’empowerment. Diego Céspedes, 30 ans, est de ceux-là. Le personnage de Lidia, petite fille qui grandit dans un cabaret du nord du Chili, élevée par des personnes queer qui font bloc, puise dans l’enfance du cinéaste.

« Le Mystérieux regard du flamant rose », fabuleux coming-of-age queer de Diego Cespedes

« Mes parents avaient un salon de coiffure en banlieue de Santiago. Il y avait là des hommes gays qui travaillaient et dont ma mère était proche. Ils sont morts du sida. Quand j’ai grandi, elle m’a raconté à quel point ils étaient lumineux. » Céspedes opte pour la voie combative du western, un genre plein de mythes à défaire ou à se réapproprier. Cernée par les regards queerphobes imaginant que la famille de Lidia peut propager une mystérieuse maladie en un clignement d’œil, celle-ci a un territoire à défendre.

« C’était important pour moi d’explorer la question du regard. C’est la base de la connexion humaine, et j’ai l’impression que ça se perd. » Son rapport aux images naît lorsque sa tante apporte une caméra vidéo dans sa famille. Il filmait alors ses propres shows télé. Mais, à l’université, la découverte de Lucrecia Martel, Tsai Ming-liang ou Apichatpong Weerasethakul, de leur « sensibilité weird », l’oriente vers le cinéma avec son premier court, L’Été du lion électrique (2018) : « Le Chili est un pays isolé à cause de ses montagnes. La ruralité, les animaux infusent beaucoup la culture. » Chez Diego Céspedes, la famille choisie n’est pas qu’une zone à protéger, c’est surtout un doux et puissant foyer d’imaginaire.

Le mystérieux regard du flamant rose de Diego Cespedes, en salle le 18 février, Arizona (1 h 48)