
Quel est le gros de votre mission sur un film comme 28 Ans plus tard ?
Il nous faut patiner les costumes et gérer la présence de fluides corporels sur les tissus, principalement du sang et de la sueur, que l’on simule avec de l’huile pour bébé.
Comment parvenez-vous à obtenir un résultat chaotique, à le maîtriser, pour créer plusieurs exemplaires d’un même costume ?
C’est toujours très délicat. Par exemple, si un personnage doit tomber dans la boue, nous faisons un premier essai dans les conditions naturelles, organiques si je puis dire. Quand le résultat convient à tout le monde, nous recommençons en essayant de reproduire les mêmes gestes et, si nécessaire, en ajustant la boue avec de gros pinceaux pour que tous les exemplaires de costumes se ressemblent. Même si, finalement, ils ne sont jamais totalement raccord. J’ai appris avec le temps qu’il faut toujours privilégier un look naturel, même si cela peut nuire à la continuité.
Comment gérez-vous le fait que les films ne soient jamais tournés dans l’ordre chronologique du récit ? Par exemple, comment concevoir l’effet d’un impact de balle avant que le tir soit tourné ?
Dans ce cas, nous discutons avec l’équipe des effets spéciaux pratiques sur ce qu’ils comptent obtenir avec leur impact de balle, et nous prenons des échantillons de leur faux sang. On a ainsi une idée de ce qu’ils vont obtenir, mais on se lance en espérant que tout ira bien ! Heureusement, le cinéma est plus permissif qu’on ne le pense : si le public est captivé par l’action, il ne va pas chercher à vérifier que toutes les gouttes de sang sont au même endroit d’un plan à l’autre.
On dit que la caméra nettoie tout. Devez-vous accentuer l’usure des vêtements pour qu’elle transparaisse à l’image ?
Oui. D’ailleurs, il est très rare qu’un costume ne soit pas patiné, ça permet de le rendre visuellement plus intéressant. Une bonne patine repose sur un travail fait de différentes couches. Si l’on doit élimer un jean, on peut utiliser du papier de verre, puis le passer à la machine à laver, le teindre avant de l’user encore avec du papier de verre, etc. Dans le cas des chaussures, on se sert parfois d’une bétonneuse. C’est un métier très intuitif, nous devons expérimenter en permanence. Il nécessite une phase de préparation très longue.
En usant un costume, vous le fragilisez, n’est-ce pas ?
Tout à fait. C’est pour cette raison que, sur un film comme 28 Ans plus tard. Le temple des morts, nous devons dupliquer encore plus les costumes que d’habitude. Par exemple, le comédien Robert Rhodes avait vingt répliques du sien pour pouvoir assurer toutes les prises de vues !
28 Ans plus tard. Le temple des morts de Nia DaCosta, Sony Pictures (1 h 47), sortie le 14 janvier
Fiche métier
Le spécialiste des teintures et des patines est responsable des modifications apportées aux costumes lors d’une production. Il peut imprimer un motif, définir une couleur ou rechercher une étoffe spécifique. Il a aussi la tâche de les patiner et peut être appelé sur le plateau pour y ajouter de la sueur ou du sang. Dans ce cas, il travaille main dans la main avec l’équipe maquillage.