À la fin du xixe siècle, un rnin errant (Toshir Mifune) débarque dans un village où sévit une guerre sanglante entre deux clans. Parmi les neuf chefs-d’œuvre d’Akira Kurosawa qui ressortent ce mois-ci en version restaurée, Yojimbo (1961) reste le plus jubilatoire. Et peut-être le plus influent.


On sait que les pâtes ont été inventées en Chine, on sait moins que le western spaghetti vient du Japon. Son premier coup d’éclat, Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, est un remake de Yojimbo d’Akira Kurosawa. Même structure narrative, même antihéros moralement ambigu, même relecture moderne, ironique et iconoclaste, des codes du western. Le programme du film est synthétisé de manière hilarante lors de la première bataille rangée, lorsque le samouraï Sanjuro (un nom qu’il invente quand on lui demande de décliner son identité), tout à son intrigue, annonce qu’il ne participera pas au combat. « Si vous voulez y aller, allez-y. Moi, je me retire. » Et le voilà qui s’installe en haut d’une grande échelle plantée au milieu de la rue principale. Le montage alterne ensuite plans en plongée sur les mouvements d’avant en arrière des belligérants, armés jusqu’aux dents mais trop pleutres pour régler leurs comptes en plein jour, et plans en contre-plongée du héros, qui se régale du spectacle. Sous la caméra virtuose de Kurosawa (dont un génial plan d’ensemble, scindé en deux par l’échelle, dans lequel les épées s’agitent fébrilement en bas du cadre), les villageois sont des fourmis jaugées par un dieu rigolard et méprisant. Aussi divertissant que les meilleurs films de Leone, Yojimbo secoue les frontières du genre pour livrer une critique acerbe de la bassesse humaine.


Yojimbo
d’Akira Kurosawa (1h50)
avec Toshir Mifune, Tatsuya Nakadai…
ressortie le 9 mars