Malgré son assiduité à l’écran depuis les nineties (avec une filmographie mastoc qui va de Léon a V pour Vendetta, en passant par la prélogie Star Wars), on ne connaît pas très bien Natalie Portman. L’actrice américaine de 35 ans, oscarisée pour Black Swan, apparaît ce mois-ci, sombre et incandescente, dans Planétarium de la Française Rebecca Zlotowski. L’occasion d’évoquer avec elle son univers, entre souvenirs d’école, teen movies et musique old school.


Quel est le premier film que vous avez vu ?
Bonne question… Ce qui est sûr, c’est que le premier film que j’ai regardé en boucle, c’est Dirty Dancing. Aujourd’hui encore, quand il passe à la télé, je ne peux pas m’empêcher d’arrêter tout ce que je fais pour le revoir.

Quand vous aviez 10 ans, un agent publicitaire vous a remarquée dans une pizzeria et vous a proposé d’être modèle, ce que vous avez refusé, sachant déjà que vous vouliez faire du cinéma. Quels acteurs ou actrices vous ont donné ce désir si fort, si jeune ?
Je ne sais pas s’il y avait quelqu’un en particulier que j’avais vu à l’écran… En fait, j’allais plutôt au théâtre. J’adorais les comédies musicales. Je me souviens particulièrement de la fois où j’ai vu Les Misérables : je chantais tout le temps les musiques après ça. Je m’identifiais beaucoup à l’enfant. Ça m’a fait réaliser que c’était possible d’être comédienne, moi qui avais a peu près son âge.

« En vingt-cinq ans de carrière, je n’ai jamais eu de proposition de réalisatrices aux Etats-Unis… »

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Vous souvenez-vous du premier jour de tournage de votre vie, pour Léon de Luc Besson, en 1993 ?
Pas vraiment du premier jour, mais j’ai pas mal de souvenirs de ce tournage. La première semaine, on tournait à l’Hotel Chelsea, a New York. Je me rappelle que mes grands-parents sont venus me rendre visite ; le premier jour de tournage avec Gary Oldman ; moi, faisant semblant de fumer dans les escaliers…

Pour Planétarium, vous avez suggéré Lily-Rose Depp a Rebecca Zlotowski pour jouer votre sœur. Pensez-vous que ça soit différent d’être une toute jeune actrice aujourd’hui, comparé au moment où vous l’étiez vous-même, dans les années 1990 ?
Complètement. Déjà, il y a les réseaux sociaux. Vous imaginez ? Internet n’existait même pas quand j’ai commencé ! Je me fais vieille… A mes débuts, je pouvais me balader dans la rue incognito, la plupart des gens avec qui j’allais en cours ne savaient même pas que je faisais des films. Alors que Lily-Rose, avant même qu’un de ses films ne soit sorti, avait déjà des hordes de fans. Clairement, c’est différent. Mais je ne sais pas si c’est mieux ou moins bien…

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Vous avez étudié la psychologie à Harvard de 1999 à 2003. Il paraît que vous avez donné des tuyaux à Aaron Sorkin quand il écrivait The Social Network (David Fincher, 2010)…
C’est vrai, mais je n’ai pas connu Mark Zuckerberg : il était en première année quand j’étais en dernière. Aaron voulait plutôt avoir des infos sur l’ambiance de Harvard. En fait, la vie sociale se concentre autour des final clubs, des fraternités huppées et exclusivement masculines. Aux soirées, leurs membres refusent tous les non-membres et laissent seulement entrer les filles avec qui ils sont amis ou qu’ils draguent. C’est super sexiste, mais c’est aussi dur pour les garçons qui ne peuvent ou ne veulent pas faire partie de ces clubs – il n’y a pas de vie sociale en dehors de ces fraternités. Aujourd’hui, Harvard essaye de les rendre mixtes, mais elles sont riches et privées, donc rien ne change. Ce n’est pas encore gagné, question égalité des genres… Bon, je me suis quand même bien éclatée à ces soirées !

Dans Planétarium, vous jouez surtout au côté d’acteurs français (Louis Garrel, Emmanuel Salinger…). Ça a modifié votre manière de jouer ?
Quand je parle en français, je sens que ça modifie ma voix et mon allure, mais c’est la même chose avec d’autres langues. Je pense que la vraie différence, sur ce film, c’est plutôt d’avoir travaillé avec Rebecca : c’était la première fois que j’étais dirigée par quelqu’un que je connaissais déjà très bien avant le début du projet. On se faisait confiance dès le départ, elle savait exactement comment provoquer chez moi les émotions qu’elle voulait.

C’est la première fois que vous êtes dirigée par une femme pour un long métrage. Pourquoi n’était-ce jamais arrivé auparavant ?
Je crois que c’est seulement parce que les femmes ont moins d’opportunités, spécialement aux États-Unis. En France, l’industrie me semble beaucoup plus féminisée, surtout dans la jeune génération. Dans mon pays, ce n’est pas comme si j’avais refusé plein de propositions de réalisatrices. En fait, en vingt-cinq ans de carrière, je n’en ai jamais eu une seule…

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Vous avez dirigé Lauren Bacall et Ben Gazzara dans votre court métrage Eve (2008). Il paraît que le courant n’est pas très bien passé entre vous et Lauren Bacall…
Disons qu’elle était très professionnelle. Elle n’a pas été dure avec moi, je pense juste qu’elle ne me trouvait pas terrible comme réalisatrice… Mais ça ne l’a jamais empêchée de faire son job à la perfection !

Pourquoi avoir choisi Sławomir Idziak, le directeur de la photographie de Krzysztof Kieślowski, pour éclairer votre premier long métrage en tant que réalisatrice, Une histoire d’amour et de ténèbres (2015) [inédit au cinéma en France, mais diffusé sur Canal+ Cinéma en mai dernier, ndlr] ?
Je suis une grande fan de Kieślowski. Mon mari [Benjamin Millepied, chorégraphe rencontré en 2010 sur le tournage de Black Swan de Darren Aronofsky, ndlr] m’a appris à ne pas avoir peur de demander à la personne de mes rêves de travailler avec moi. Avant, je me disais : « OK, c’est délirant, je vais plutôt demander à un jeune talent, j’aurais plus de chance qu’il accepte. » Et puis Benjamin m’a dit : « Demande. La pire chose qu’il puisse te répondre, c’est “non”. »

Vous êtes annoncée au casting d’une minisérie pour HBO, We Are All Completely Beside Ourselves, adaptée du roman Nos Années sauvages de Karen Joy Fowler. Quel sens ça a, pour vous, de jouer dans une série, alors que vous avez passé toute votre carrière au cinéma ?
La minisérie est en cours d’écriture, et, si ça se fait, ça serait dans un bout de temps. On se rend bien compte que la plupart des gens regardent tout sur leur ordinateur maintenant ; la séparation entre cinéma et télé est plus floue que jamais.

Vous-même, vous regardez des séries ?
Un peu, mais je ne suis pas une grosse consommatrice. J’ai rarement vingt heures devant moi pour en regarder une. Bon, j’essaye de faire des efforts, sinon j’ai l’impression de ne plus pouvoir parler avec personne – parce que je n’ai pas vu Stranger Things, par exemple. Dernièrement, j’ai adoré Transparent. D’ailleurs, je viens de rencontrer Jill Soloway [la créatrice de la série, ndlr] à une soirée à Toronto. Je me suis jetée sur elle – ça l’a un peu paniquée – en clamant : « Je vous aime ! Vous êtes un génie ! » Elle est incroyable.

Quels sont vos trois films préférés de tous les temps ?
De tous les temps ? Ça, c’est dur… Est-ce que je peux donner trois films sérieux et trois marrants ? OK, alors, les sérieux : Breaking the Waves de Lars von Trier, La Pianiste de Michael Haneke et Les Moissons du ciel de Terrence Malick. Et pour les plus fun : Dirty Dancing d’Emile Ardolino, Seize bougies pour Sam de John Hughes et L’Arriviste d’Alexander Payne.

On sait que vous êtes fan de rap. Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?
Je n’écoute quand même pas que du rap ! Ces derniers temps, je suis plutôt Otis Redding ou Nina Simone, ce genre de… eh bien, de musique de vieux.



Planétarium de Rebecca Zlotowski
Ad Vitam (1 h 45)
Sortie le 16 novembre