Les quatre sœurs du nouveau film de Claude Lanzmann n’ont aucun lien de parenté, sinon celui d’avoir survécu deux fois.


De fait, Paula Biren, Ruth Elias, Ada Lichtman et Hanna Marton ont fait partie des dizaines de témoins filmés dans le cadre du documentaire Shoah (1985), récit de plus de neuf heures sur l’extermination juive par ceux qui l’ont frôlée. Mais la parole de ces quatre rescapées n’avait pas été retenue au montage, condamnée à errer dans les limbes des plus de cinq cents heures d’images archivées, avant que le cinéaste ne lui consacre un film trente ans plus tard. Chacune d’elles fait ainsi l’objet d’un chapitre (« Le Serment d’Hippocrate », « La Puce joyeuse », « Baluty » et « L’Arche de Noé »), en creux duquel se dessine le miracle de l’humanité recouvrée après avoir été battue en brèche par la barbarie nazie. Si bien que la force du film réside autant dans le contenu glaçant des témoignages que dans la simple présence de ces femmes, dont le masque de dignité ne laisse rien paraître du combat herculéen qui a été le leur pour retrouver l’apparence d’une personne ordinaire – c’est-à-dire « sans histoires ».


: de Claude Lanzmann
Paname (5 h 06)
Sortie le 4 juillet