
« Il faut souffrir pour être belle » : voilà un dicton misogyne qu’on a quasiment toutes entendues petites, et qu’on ne remet jamais en question. La beauté, inaccessible naturellement, est le graal d’une longue quête semée d’embûches. Ou de chirurgies esthétiques pour certaines. Une quête qu’a décidé de nous raconter Mila Kiss, jeune réalisatrice, avec son documentaire Je serai jamais parfaite. Sorti le 28 janvier sur France TV Slash, il entre dans l’intimité de trois jeunes femmes : Ninon, Mathilde et Lina. Elles n’ont pas plus de 25 ans et ont déjà toutes fait appel à la médecine esthétique. Trois profils et personnalités que le caméscope, visible et assumée, capture sans jugement, dans une esthétique rétro des années 2000 qui pourrait évoquer Lolita malgré moi.

Dans leurs chambres, à travers leurs histoires et leurs liens familiaux, Mila dépeint une société où la perfection est devenue une injonction silencieuse et les réseaux, un musée de nos corps, qui se doivent d’être restaurés afin d’être admirés sans fin. Un questionnement sur le regard, celui qu’on se porte et celui que les autres posent sur nous. Comme le dit si bien Mathilde : « Il y a une bonne part de la beauté de la femme qui est rattaché à la jeunesse. Conserver la jeunesse c’est aussi conserver la beauté. » Est-il possible de faire le deuil de cette obsession dans cette société, où, selon l’Association des actrices et acteurs de France associés (AAFA), seulement 9% des rôles étaient attribués à des femmes de plus de 50 ans en 2023 ?

Mila Kiss interroge aussi la façon dont nos corps sont devenues des œuvres malléables au gré de nos envies, des avatars que l’on personnalise, plongés dans un immense jeu vidéo. « Je vois ça comme acheter un sac de luxe, ça va ajouter quelque chose à ma tenue”, explique Ninon en parlant de son augmentation mammaire.
Mais si le regard prend une place si importante dans le film, celui de la réalisatrice se veut sans jugement, observateur. Il nous pousse à questionner notre propre vision envers nous-même et les autres. Il nous encourage à dépasser les surfaces, à nous voir au travers de ces héroïnes. « Fausse blonde, faux seins, j’aime bien que les gens puissent penser que je suis conne, ça me fait rire.”, dit Ninon, dans une ultime bravade envers les personnes qui la jugeraient négativement.

