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Le film du soir : « 35 Rhums » de Claire Denis

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Envie d’un shot de subtilité et de beauté ? On vous conseille ce soir le superbe 35 Rhums (2008) de Claire Denis.

Dans une banlieue francilienne, Lionel, conducteur de RER veuf, et sa fille Joséphine, jeune étudiante brillante, cohabitent paisiblement et se dévouent totalement l’un à l’autre, se refusant toute vie amoureuse. Pour Lionel, il faut toutefois se rendre à l’évidence : Joséphine grandit et doit prendre son envol…

Avec la mise en scène douce, voluptueuse, sensorielle dont elle a le secret, Claire Denis filme la lente et douloureuse séparation de ses personnages, portés par les magnifiques Alex Descas et Mati Diop, ici en totale symbiose. À travers sa caméra, elle effleure les étreintes, les gestes tendres, capte les regards, s’attarde sur les silences, et place beaucoup de ces instants hors du temps dans une atmosphère musicale envoûtante – marque de fabrique de la cinéaste, grande mélomane. Mais la force de ces lents au revoir tient aussi au fait que, dans un mouvement fluide, la cinéaste rattache ces héros, confinés dans un confortable déni, à la réalité du monde qui les entoure. 

Et comme souvent chez Claire Denis, la prise de conscience politique se fait par les livres. Dans des scènes d’échanges entre étudiants noirs évoquant la discrimination subie par leurs familles et le besoin de lutter collectivement, ou au détour d’une discussion entre Lionel et un collègue pétrifié à l’idée de partir à la retraite, la cinéaste créé de subtils échos entre son récit intimiste et les écrits de deux figures intellectuelles : le Martiniquais Frantz Fanon (théoricien à l’origine de passionnants ouvrages autour de la décolonisation, dont Les Damnés de la terre) et le Suisse Fritz Zorn, auteur de Mars, essai autobiographique dans lequel celui-ci critique très sévèrement son éducation bourgeoise, qu’il considère être à l’origine de son cancer. Par le truchement de ces imposantes figures, le film aborde sans prétention les maux qui minent notre société contemporaine : la précarisation et le sentiment de solitude qui en découle.

Économie des dialogues, puissance des références, beauté épurée des plans : Claire Denis sait parfaitement comment doser les choses. Vous n’avez plus qu’à vous servir sur le site d’OCS, juste ici ou bien juste . À la vôtre. 

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