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[SON] Avec « René », Rouge Gorge signe un disque gracieux et enjoué

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René, Rouge Gorge (Dokidoki)

Après un premier album remarqué de ritournelles synth-pop (dont le mini-hit « Les Primevères des fossés »), Rouge Gorge revient avec René (entendre : « né à nouveau »), album de résilience, documentant en mélodies entêtantes la progressive reconstruction de son auteur. Il y a un peu plus d’un an, la maladie auto-immune dont le chanteur rennais Robin Poligné est atteint s’est aggravée. Parallèlement à sa rééducation, il a écrit ces nouvelles chansons, comme un témoignage sur le vif de sa lente remontée de la gravité (le coma) à la légèreté (de l’oiseau). «Allez-vous en, allez-vous en, je ne suis pas si malheureux que ça», chante-t-il dès le début de l’album, comme un avertissement aux auditeurs trop voyeurs – ou à qui la compassion donnerait trop bonne conscience. Chacun reconnaîtra ses propres montées et descentes (physiologiques, existentielles, amoureuses) dans ces airs aussi possiblement dramatiques qu’enjoués, sertis d’arpèges de Casio lancinants, de petites boîtes à rythmes exotica et de paroles ambivalentes dans lesquelles la lumière et l’obscurité vont sans cesse de pair.

«Il n’y a pas que des jolies choses à vivre, et c’est tant mieux», chante-t-il ainsi, avec ironie, sur « Des jolies choses ». «Ce qui est beau dans cette renaissance, c’est l’expérience de sortie de l’amnésie, retrouver la mémoire et se rendre compte qu’on se rétablit physiquement non pas en partant de rien, comme avec un cerveau d’enfant, mais, étrangement, en retrouvant les choses que l’on sait. Tu sais que tu sais, et, ce que tu n’arrives plus à faire fonctionner, il faut le rejouer pour le retrouver.» Rouge Gorge rejoue ainsi le réapprentissage du geste (hésitant), du chant (abîmé), et de l’interaction sociale (compliquée) en huit chansons minimalistes et mélodieuses, cousinant avec la fragilité de Dominique A (et son « Courage des oiseaux », bien sûr) ou avec la légèreté dandy, dansante et synthétique des « jeunes gens modernes » (Taxi Girl, Elli & Jacno, Étienne Daho). Le Rennais a justement ouvert pour Étienne Daho aux dernières Transmusicales, et c’est comme une nouvelle étape dans son gracieux cheminement des abîmes aux étoiles. 

SI TON ALBUM ÉTAIT UN FILM ? « Ce serait Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, pour la quête de Joël qui s’accroche à ses souvenirs et à ses rêves afin de réparer son idylle perdue, engloutie par le processus qui efface sa petite amie de sa mémoire. Au milieu de cette esthétique de carton collé et de bidouilles techniques, le film se construit en se déconstruisant, tout comme les souvenirs de Joël, qui, dans cet imbroglio de petites scènes bricolées entre ses perceptions, ses souvenirs et ses fantasmes, passe du rôle d’acteur à celui de spectateur. » Rouge Gorge

ANDY SHAUF, The Neon Skyline (ANTI-)

En 2016, The Party a assis la réputation d’Andy Shauf, créateur de mélodies pop mariant simplicité de surface et complexité en profondeur. Après un passage prog avec son groupe Foxwarren, le Canadien est de retour avec ses ballades mémorables, suivant le fil narratif d’une soirée passée dans un bar. Entre Randy Newman et Joni Mitchell, fluidité pop et ambition littéraire, ces vignettes existentielles font de Shauf un formidable auteur-compositeur. 

MONT ANALOGUE, Super Flumina Babylonis (Kidderminster)

Tirant son nom du roman d’exploration occulte de René Daumal, et le titre de ce premier album d’un psaume évoquant l’exil à Babylone (psaume qui inspira aussi « Rivers of Babylon » au groupe jamaïcain The Melodians, popularisé ensuite par Boney M.), le duo français met en musique (électronique, ambient) sa vision d’un futur après l’effondrement. Entre science-fiction et new-age, Mont Analogue invente une mythologie musicale singulière, lancinante, onirique.

PIERRE VASSILIU, En voyages (Born Bad)

Après une première compilation (Faces B, 2018) en forme de réhabilitation, Born Bad dévoile d’autres penchants musicaux du moustachu rigolard de « Qui c’est celui-là ? », reflets exotiques de ses nombreux voyages et des rencontres que ceux-ci occasionnèrent, de Rio à la Casamance. Solaire, aérien, fantaisiste, Vassiliu s’y révèle parolier trippé (pas loin parfois d’Areski & Brigitte Fontaine) et musicien sans frontières. 

Photographie: Myriam Tirler

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