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: Nos conseils pour bouquiner à Noël

  • Bernard Quiriny
  • 2019-12-06

DANS L’ŒIL DU DÉMON

C’est  toujours gênant d’avoir un ami fou. En même temps, sa folie peut provoquer des aventures intéressantes. Par exemple, l’ami du narrateur de ce roman de Tanizaki le somme d’assister en sa compagnie à un meurtre. «Qui tuera qui, je l’ignore j’ai appris que cette nuit, en un certain lieu, pour une certaine raison, une certaine personne va en assassiner une autre.» Les deux compères se rendent dans les bas-fonds de Tokyo, où ils assistent en cachette à un spectacle inoubliable : une geisha se livre à une séance de pose en compagnie d’un cadavre, puis le dissout dans un bain d’acide avec l’aide du photographe. Ses vêtements, sa coupe tsubushi-shimada et son parfum donnent à cette scène macabre une dimension puissamment érotique, de sorte que l’ami du narrateur tombe amoureux d’elle… Paru en feuilleton en 1918 dans des journaux d’Osaka et Tokyo, ce court roman, déjà traduit en anglais et en italien (sous le titre suggestif de Morbose fantasie), était resté inédit en français jusqu’à aujourd’hui. Comme de nombreux récits écrits par Tanizaki au tournant des années 1920, il s’inscrit au carrefour de deux traditions : d’un côté le roman d’énigme, avec un mystère à base de codes et de cryptographie, placé sous le signe de Sherlock Holmes et du Scarabée d’or d’Edgar Poe ; de l’autre le récit érotico-fétichiste, autour des thèmes chers à l’auteur – le voyeurisme, la jouissance morbide, les simulacres de mise à mort. Sur un ton guilleret duquel l’humour et l’ironie ne sont pas absents, Tanizaki déploie une intrigue à plusieurs niveaux, articulée autour de révélations successives. Les meurtres s’avèrent n’être que des mises en scènes, les testaments, des canulars. Tout est mensonge, comédie sensuelle, illusion. L’ami fou est dupe de sa geisha, le narrateur est dupe de son ami fou, tout le monde trompe tout le monde au nom du fantasme et de la transgression. Très visuel, ce récit vénéneux donnerait de bonnes scènes au cinéma ; il n’est pas exclu que Tanizaki, qui écrira par la suite de nombreux scénarios de film, ait eu l’idée d’une adaptation. La chute, excellente, rétablit la bienséance de justesse : Tanizaki décrit le sourire enfantin de la geisha meurtrière, «dénué de la moindre parcelle de mal». L’ironie, vous dis-je.

: de Jun’ichirō Tanizaki (traduit du japonais par Patrick Honnoré et Ryōko Sekiguchi, Éditions Picquier, 132 p.)

MENACES

Un dentiste perd la boule après la mort de sa femme. Partout dans leur maison, il tombe sur des messages menaçants… L’Américaine Amelia Gray signe une sorte de polar lynchien dans lequel tous les repères du lecteur vacillent. Pour amateurs d’ambiances troubles.

: d’Amelia Gray (les Éditions de l’Ogre, 320 p.)

L’ÎLE INTROUVABLE

Les tribulations d’un écrivain dans le Paris des années 1980, entre vie mondaine et tentation du grand œuvre. Jean Le Gall signe un tableau balzacien dans lequel le monde politique rencontre l’édition et le showbiz. Avec bon nombre de personnages réels cités.

: de Jean Le Gall 
(Robert Laffont, 420 p.)

BLUES POUR TROIS TOMBES ET UN FANTÔME

Une série de textes en prose sur la ville chérie de l’auteur : Liège. L’occasion pour lui de rappeler qu’elle fut aussi la capitale du jazz en Belgique, refuge de Chet Baker avant sa mort – d’où la photo de couverture, et le titre.

: de Philippe Marczewski (Inculte, 230 p.)

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