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Laurent Vidal, auteur de Les Hommes Lents : « Il y a dans nos sociétés des gens discriminés par le rythme »

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L’auteur de « Les Hommes lents. Résister à la modernité, XVe-XXe siècle » donnera une conférence exceptionnelle le 12 mars au mk2 Bibliothèque. Un événement dont TROISCOULEURS est partenaire.

Temps de travail chronométrés, agendas surchargés, moments de loisirs soigneusement minutés… En érigeant la vitesse en modèle de vertu sociale, les sociétés modernes ont dévalorisé la lenteur, cette prétendue incapacité à tenir la cadence et à vivre au rythme de son temps.

L’historien Laurent Vidal part dans son ouvrage « Les Hommes lents. « Résister à la modernité, XVe-XXe siècle » (Flammarion) à la rencontre des hommes lents, indolents, bien souvent mis à l’écart par l’idéologie du Progrès et ses impératifs de performances : des colonisés prétendument paresseux à l’époque des grandes découvertes, en passant par les ouvriers indisciplinés du XIXe siècle triomphant, ou encore, plus proches de nous, des migrants placés en attente et des travailleurs simplement jugés fainéants.

À quel moment avez-vous commencé à penser aux «hommes lents» et comment cette expression vous est-elle venue ?

J’ai découvert un texte d’un géographe brésilien [Milton Santo, ndlr] qui date des années 1990, intitulé ‘’La Force est du côté des lents’’. C’était un petit texte d’actualité qui faisait l’hypothèse qu’aujourd’hui, dans ce monde où tout va très vite, ceux qu’il désigne lui-même sous le terme de ‘‘lents’’ sont finalement exclus de ce rythme rapide. Mais en définitive, ce sont précisément ceux-là qui ont la capacité de s’en sortir mieux que les autres, parce qu’en vivant à différents rythmes ils ont découvert des ressources nouvelles. C’était un petit texte de trois-quatre pages, un peu ironique. Il utilisait cette expression d’hommes lents et n’allait pas plus loin.

Quand on me l’a fait découvrir, un peu par hasard, quelque chose m’a fasciné. Ça fait maintenant peut-être une dizaine d’années que cette expression me trotte dans la tête, littéralement, jusqu’à presque m’obséder.

Pendant un long moment, je n’ai pas su comment entrer dans cette étude. Je trouve que cette expression décrit quelque chose de tellement fort, beau et vrai ; elle nous dit qu’il y a dans nos sociétés des gens discriminés par le rythme, parce que le leur ne correspond pas à ce que nos sociétés considèrent comme le rythme social le plus efficace. Ces gens-là étant discriminés, je trouvais très beau de les appeler des hommes lents.

Selon vous, quelle est la dimension politique d’une telle dénomination ?

Je suis moi-même historien ; quant au texte, il abordait le sujet des hommes lents du point de vue de l’actualité. Le livre que j’ai écrit est donc un aller-retour constant entre actualité et histoire. Il ne s’agit pas de perdre de vue la dimension politique de cette expression d’hommes lents, et tout l’enjeu de mon ouvrage est de construire cette figure sociale des hommes lents tout en montrant leur dimension politique actuelle.

Si on veut bien regarder, je crois que nous sommes tous des hommes lents, à part quelques grands maîtres de l’économie mondiale ou de la politique et de la diplomatie internationale. Ce sont eux qui ont essentiellement les manettes de la vie politique et économique, ce sont eux qui peuvent décider des cadences.

Nous autres, qui n’avons pas ces moyens entre nos mains, nous sommes bien souvent obligés de faire avec.

Au-delà du constat de l’existence des hommes lents, quel est le message que vous associez à ces individus réfractaires au rythme de la modernité?

J’essaye de montrer comment dans l’histoire certains ont joué avec une compréhension du temps et des rythmes pour résister, pour ruser et s’inventer tout simplement un temps enchanté, qui sorte un peu de cette cadence imposée, où chaque jour, il s’agit d’aller de plus en plus vite.

Comment revaloriser la lenteur ? Comment résister à l’accélération ?

Le 12 mars à 20h00 au mk2 Bibliothèque, Laurent Vidal livrera une réflexion en mots et en images autour de son ouvrage, dernier ouvrage « Les hommes lents – Résister à la modernité ». Au programme : un entretien de l’historien avec Olivier Pascal-Moussellard (grand reporter chez Télérama), une projection commentée de séquences sur la lenteur et la vitesse au cinéma, ainsi qu’une lecture de poèmes.

Pour réserver votre place cliquez sur le bouton:

Photo de couverture: Astrid di Crollalanza (c) Flammarion

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