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SCENE CULTE: « Rambo » de Ted Kotcheff

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Vétéran du Viêt Nam au bout du rouleau, John Rambo apprend la mort de son dernier compagnon d’armes et part sur les routes de l’Amérique profonde. Alors qu’il fait halte à Hope (ça ne s’invente pas), le shérif le prend en grippe et le reconduit à la sortie de la ville. Mais Rambo fait demi-tour. Jeté en prison, brutalisé par les hommes de loi, il s’échappe dans la nature sauvage et retrouve le seul rôle dont il comprend les codes : celui de guerrier impitoyable. Trois décennies et quatre suites plus tard (dont Rambo. Last Blood qui sort le 25 septembre), on reste en admiration devant la limpidité du film de Ted Kotcheff : en déplaçant la ligne de front « à l’intérieur », en ramenant la violence à son point d’origine, il forçait l’Amérique à se mirer dans le blanc du couteau. À cette ambition-là, encore attachée aux années 1970 (l’exorcisme du Viêt Nam, la linéarité amère du vigilante movie), répondait le contrechamp sentimental souhaité par Stallone, et sans lequel Rambo ne serait pas devenu une franchise et un mythe.

Acteur et coscénariste embauché sur le tard par la production, c’est lui qui a l’idée de laisser la vie sauve au personnage ; mieux, de substituer à sa mort physique une mort émotionnelle. Après 1 h 25 de montée en tension et en brutalité, quand il ne reste plus rien de Hope, Rambo se retrouve face à son ancien instructeur, le colonel Trautman (Richard Crenna), dans les décombres du commissariat. «La mission est finie», lui intime celui qui l’a façonné. «Rien n’est fini», répond Rambo. Alors le son de la mitrailleuse M60 laisse place à celui, longtemps réprimé, de sa voix, dans une logorrhée traumatique houleuse où la colère cède place au désespoir et aux larmes. Recroquevillé dans la pénombre, enfin filmé à hauteur d’enfant, Johnny tend la main pour attraper celle du colonel et enfouir son visage dans l’uniforme paternel. Grâce à ce faux happy end au goût de cendre, Stallone ne se contentait pas de renvoyer l’Amérique face à ses victimes : il lui demandait d’apprendre à les aimer. 

Rambo de Ted Kotcheff
Images: Copyright Tamasa

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