5 grands moments musicaux chez Park Chan-wook, réalisateur d’« Aucun autre choix »

Dans la brillante comédie noire « Aucun autre choix » (en salles le 11 février), Park Chan-wook utilise à nouveau magistralement la musique pour servir son récit. L’occasion de revenir à travers cinq séquences musicales marquantes sur la filmographie du génial réalisateur sud-coréen.


No Other Choice Still CJ ENM 1
Aucun autre choix de Park Chan-Wook © ARP

La découverte des dessins dans Sympathy for Mister Vengeance (2002)

Premier film de la célèbre Trilogie de la vengeance de Park Chan-wook, Sympathy for Mister Vengeance raconte comment Ryu, jeune sourd cherchant à sauver sa sœur malade, kidnappe la fille d’un riche homme d’affaires avant que cette dernière ne décède accidentellement. Le père de la fillette (joué par le grand Song Kang-ho) retrouve alors la piste des kidnappeurs en interrogeant l’employée d’une station de radio qui lui présente des dessins de la rivière où a eu lieu l’accident. La chanson Sympathy, du groupe Uhuhboo Project, se fait entendre tandis que le père ausculte ces dessins et l’irruption de cette ritournelle dynamique et fantaisiste contraste brièvement avec la froideur brutale du film.

Le flash-back sur le pont dans Old Boy (2003)

Grand prix du jury au Festival de Cannes 2004, le cultissime Old Boy narre la quête de vérité d’Oh Dae-su (Choi Min-sik), qui fut enfermé seul dans une pièce pendant quinze ans sans explication. Dans les dernières minutes survient un ultime flash-back, qui a moins valeur de révélation (la vérité étant déjà connue) que d’accentuation émotionnelle d’un souvenir douloureux. Lee Woo-jin (Yu Ji-tae), le responsable de la séquestration d’Oh Dae-su, se remémore ainsi le suicide de sa propre sœur Lee Soo-ah (Yun Jin-seo) du haut d’un pont et le morceau Farewell, My Lovely, composé pour le film par Jo Yeong-wook, retentit puissamment à la manière d’une valse entêtante qui relie les époques entre elles et appuie les regrets de Lee woo-jin, ce qui suscite une fin macabre.

Le duo au piano dans Stoker (2013)

Seule incursion à ce jour de Park Chan-wook dans le cinéma hollywoodien, Stoker réunit Mia Wasikowska, Nicole Kidman et Matthew Goode et suit une jeune femme qui voit, après la mort de son père, surgir dans sa vie un oncle qu’elle ne connaissait pas. Et le moment le plus marquant du film provient d’un duo au piano au son du morceau Duet, composé par Philip Glass, que la nièce interprète d’abord seule avant d’être rejointe par son oncle qui se livre à une séduction incestueuse tout en jouant de la musique. Variations de rythmes, perte de contrôle émotionnel, sensation d’onirisme et apparences trompeuses se mêlent dangereusement dans cette séquence emblématique du talent du cinéaste.

La scène d’amour dans Mademoiselle (2016)

Cet épatant thriller psychologico-érotique se déroule dans les années 1930 durant la colonisation japonaise de la Corée et expose la relation entre une servante, Sook-hee (Kim Tae-ri), et une riche japonaise, mademoiselle Hideko (Kim Min-hee). Au cœur d’un récit aux nombreuses manipulations chronologiques, une séquence de sexe entre les deux héroïnes offre un basculement déterminant. Sook-hee explique d’abord, à la manière d’un exercice éducatif, à Hideko comment mener des ébats sexuels avec un homme puis les deux jeunes femmes se prennent au jeu et font l’amour. Surtout, Park Chan-wook remontre la même séquence de façon beaucoup plus complète dans la dernière partie du film pour révéler que la passion était encore plus débordante que ce que l’on croyait. Durant cette communion sensuelle, la musique s’emballe furieusement et le titre You Must Be a Natural, composé par le fidèle Jo Yeong-Wook, renforce l’idéeque cette relation fait tomber les barrières sociales et les frontières morales.

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La chanson et ses sous-titres dans Aucun autre choix (2025)

Comédie noire sur le monde du travail (adaptée du roman de Donald E. Westlake Le Couperet), Aucun autre choix décrit l’engrenage qui conduit un homme à espionner ses concurrents sur le marché de l’emploi en vue de les liquider. Lors d’une séquence stupéfiante, le héros You Man-su (Lee Byung-hun) se retrouve aux prises avec une de ses cibles, Beom-mo, et réalise combien ce dernier constitue un miroir de sa propre situation. Il donne alors des conseils à cet homme qu’il était pourtant venu tuer, pendant que la chanson Red Dragonfly, interprétée par Cho Yong-pil, envahit peu à peu l’atmosphère jusqu’à couvrir les paroles des protagonistes et provoquer l’apparition de sous-titres nécessaires à la compréhension des dialogues. Symbole de l’absurdité burlesque du film, cette mémorable séquence musicale illustre à merveille l’aliénation tragi-comique des personnages.

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Aucun autre choix de Park Chan-wook, sortie le 11 février, 2h19, ARP Sélection