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« La Reine Margot » de Patrice Chéreau : pourquoi l’affiche du film en symbolise toute la beauté

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L’œuvre la plus ambitieuse du réalisateur et metteur en scène de théâtre Patrice Chéreau est diffusée ce soir à 20h50 sur France 5. L’occasion de revenir sur cette fresque magistrale dont l’impressionnante affiche condensait habilement toute la force et les enjeux.

«  Fille de roi, sœur de roi, deux fois reine, mais trop libre et trop sauvage pour supporter toute couronne. » C’est en ces termes que la grande Isabelle Adjani décrivait pour nous, en 2018, la Reine Margot, personnage historique qu’elle a magnifiquement incarné en 1994 dans le chef d’oeuvre de sensibilité de Patrice Chéreau, et qu’elle citait parmi les rôles qui l’habitent encore aujourd’hui.

Adapté du roman d’Alexandre Dumas, et coécrit avec Danièle Thompson, La Reine Margot narre l’histoire de cette figure du XVIe siècle, une jeune et brillante catholique forcée de suivre les manoeuvres politiques de son entourage royal pour préserver la paix entre catholiques et protestants. Pour ce faire, elle doit épouser Henri de Navarre (incarné par Daniel Auteuil), un protestant pour lequel elle n’éprouve aucun sentiment. Peu de temps après la célébration du mariage, le massacre de la Saint-Barthélémy ravive dans le pays une fièvre dévastatrice, en même temps qu’il fait naître entre la Reine et La Môle (Vincent Pérez), un jeune protestant qu’elle rencontre accidentellement, une romance interdite.

Le film concentre toutes les obsessions de Chéreau : la volonté d’abolir les frontières entre cinéma et théâtre, son goût de la tragédie shakespearienne, son profond désir de sonder la grandeur comme la décadence des figures qu’il dépeint. Des ingrédients qui se trouvent réunis dans l’inoubliable affiche sortie à l’époque, dans laquelle réside toute l’aura symbolique du film.

LE ROUGE, LE BLANC ET LE NOIR

On y voit la Reine Margot cachant son visage entre ses mains, avec un regard qui traduit l’effroi et les désillusions qui traverseront son personnage tout au long du film. Elle porte une robe blanche, sorte de toile blanche souillée de ce sang qui renvoie aux massacres perpétrés lors du règne de Margot, la maladie de son frère ou encore l’accident tragique de son amant. Vous l’aurez probablement remarqué, seules trois couleurs sont ici utilisées : le rouge, le blanc et le noir. Comme le rappelle cet article de la Cinémathèque, il s’agit d’un des parti-pris majeurs du film : des décors aux costumes, Chéreau (fils de l’artiste-peintre Jean-Baptiste Chéreau et de l’illustratrice Marguerite Pélicier) a pensé la composition de son film en fonction de cette gamme colorimétrique réduite, imposant tour-à-tour une prédominance du noir (la tenue de deuil de Jeanne d’Albret, reine de Navarre et mère d’Henri), du blanc (celui des cadavres du massacre de la Saint-Barthélémy) ou du rouge (celui de l’imposante et sublime robe de mariage de Margot, créée par la chef costumière Moidele Bickel, qui anticipe la fureur politique à venir). Dans certaines séquences du film, le cinéaste s’empare de cet enjeu formel autrement, en entremêlant habilement ces couleurs essentielles entre elles.

Rien n’est laissé au hasard dans ce film qui imprimera dans les rétines l’image d’une Isabelle Adjani aussi bouleversante que majestueuse. Pour cette partition emblématique, l’actrice sera d’ailleurs auréolée en 1995 du César de la meilleure actrice. 

À LIRE AUSSI : Patrice Chéreau raconté par Pascal Greggory 

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