
La Gradiva sort en pleine mobilisation lycéenne, et son jeune casting est de tous les fronts : plusieurs acteur·ices ont défilé samedi dernier sous l’oeil de Libération. Et trois comédie·n·es (Colas Quignard, Suzanne Gérin et Mitia Capellier-Audat) ont profité de l’exposition du plateau de Quotidien pour porter la parole de la jeunesse.Mais que dit vraiment ce film de la génération qui lutte ?
Sans jamais tomber dans l’effet catalogue, le premier long métrage de Marine Atlan saisit les sentiments mêlés de l’adolescence d’aujourd’hui, son bouillonnement, mais aussi son anxiété face à un avenir qui semble bouché. Dans le film, cette parole prend encore plus d’ampleur face au vertige des vestiges millénaires de Pompéi.

« J’ai réécrit en fonction des acteurs, de ce qu’ils apportaient. Ils ont été d’une intelligence émotionnelle incroyable, très bienveillants entre eux, très à l’écoute. Rien n’était laissé de côté. Personne n’était abandonné », nous confiait Marine Atlan en mai dernier, à Cannes, à propos de son casting d’acteur·ices non professionnel·les.
« Pour certaines scènes, comme celle qui se passe dans la chambre des filles, on écrivait des dialogues, puis on en parlait avec eux ou elles. Je voulais qu’il y ait de l’ambivalence, que les points de vue se contredisent, que rien ne soit figé. »
Gustave, un des acteurs du film, confirme à Libération, qui a suivi une partie du casting venue manifester à Paris samedi dernier : « On s’est vus sept fois pendant un an […]. La volonté de Marine était qu’il n’y ait aucun figurant, chacun avait un personnage à part entière. On a eu ces débats sur l’égalité des chances, les moyens donnés aux profs… Et encore, dans le film, le dialogue est possible. Moi, j’étudie à Lille, il y a des méga fafs, les divisions sont plus violentes. »

Cette volonté d’inclure la jeunesse dans l’écriture du film a conduit Marine Atlan à réécrire des dialogues, mais aussi à redessiner certains profils pour éviter les stéréotypes. Mitia Capellier-Audat, qui joue James (un adolescent au charme ténébreux), en témoigne à Libération : « Quand Marine m’a proposé le rôle, elle m’a dit que c’était un BCBG, j’ai dit : ‘’c’est quoi ça ?’’ Le personnage est devenu moins cliché, politisé, plus fou sur les normes de genre. » Pour lui, La Gradiva est le « film pré-révolte » d’une jeunesse qui a battu le pavé contre la mort de Nahel, la réforme des retraites, ou pour la Palestine. Sur le plateau de Quotidien, l’acteur raconte avoir été repéré par la directrice de casting… en manif.
« Quand on sent la porosité, l’écho, la caisse de résonance que peut être le cinéma, c’est très réjouissant », nous a confié Antonia Buresi, que l’on a rencontrée plusieurs jours avant la manifestation. « Tout à coup, il y a une espèce de prise de relais avec le réel, qui permet que les discussions autour du film puissent agir au présent. »

L’actrice incarne Madame Mercier, une professeure passionnée qui revendique une pédagogie axée sur le dialogue et l’horizontalité entre élèves et professeurs.
« Dans le film, il y a l’évocation de Parcoursup, mais aussi celle des conditions d’un système éducatif qui n’est pas réformé depuis des décennies. […] Ça traduit non seulement un état de fait concret, matériel, mais aussi une appréhension d’un monde angoissant, et leur besoin, à un moment donné, de se situer et de prendre part. C’est ça aussi, l’initiation. »

Elle précise : « Les questions de rapports de domination, de pouvoir, la question du genre, la fluidité : il y a quelque chose qui s’est intégré, incorporé, qui a été pris en main par cette nouvelle génération, avec des outils qui leur permettent d’agir, et pas juste de les manipuler comme des concepts. Donc plutôt que de se dire que cette jeunesse est juste abêtie devant des réseaux et ne sait pas discerner le vrai du faux avec les fake news, là, on voit qu’on a une jeunesse active et déterminée. »
La Gradiva de Marine Atlan, en salles depuis le 21 octobre