
Klaude nous rassure : le caca dans les cheveux, c’était de la Danette. Mais, pour tout le reste, il ne nous rassurera pas, et c’est pour ça qu’on est fan. On l’a découvert dans notre feed Insta avec une vidéo qui nous a à la fois sidérés, terrifiés, et arraché un rire pulsionnel. Comme un found footage en infrarouge, dans une cuisine sombre, sale, vide, façon Backrooms de Kane Parsons, une créature coiffée d’une couronne, effrayante et très glam, est affalée par terre. Elle s’enduit compulsivement le visage de yaourt, d’œuf et de pâte à pizza. « Coucouuuuuu ! Couucouuuu ! Qu’elle est jolie, la princesseeee. Je suis une princesse. Cachéeee, la princesse… », dit-elle.
DIVINE GANG · Harry Lighton : « J’ai toujours été intéressé par les sexualités dissidentes »
On comprend mieux pourquoi sur son compte, Klaude, qui performe dans plusieurs cabarets (Pov’Konnes, Les Douze Travelos d’Hercule, Madame Arthur), a posté et repris le credo de la vignette Figaro de Chantal Goya clamant : « On m’a longtemps prise pour une conne, maintenant je suis une icône. » Klaude revendique l’idiotie, la vulgarité et la colère. « C’est l’idée de faire un gros fuck aux intellos et aux prétentieux de la pensée. Dans le milieu du théâtre, j’ai beaucoup croisé ce mépris culturel où il faut forcément avoir lu tel livre, avoir vu tel film ou telle pièce. Pour moi, ça n’a aucune valeur. » C’est aussi sa façon de répondre aux vieux mascus riches du théâtre qui ne l’imaginaient que dans des rôles correspondant à son physique, aux autres qui voudraient encore le contenir sur scène, aux normes de beauté, à la capitalisation straight sur les queers, ou encore à l’uniformisation du drag aujourd’hui. Avec Pov’Konnes, cabaret qu’il a créé, il voudrait faire évoluer le format chansons vers plus de radicalité, de danger, de brutalité.
DIVINE GANG · Screen Queens, le duo drag le plus cinéphile de la capitale
« Il y a beaucoup de soirées qui s’autoproclament “folles”, et je trouve qu’elles ne le sont pas assez. Je veux être vraiment folle et faire sentir que tout peut déraper, que le public ne soit plus passif. La seule règle, c’est qu’on interprète les chansons d’un maximum d’autrices, des femmes qui n’ont pas peur de dire les choses. » Brigitte Fontaine, Jeanne Mas, Sylvie Vartan, son idole pour laquelle il a écrit une chanson, ou encore Lio, dont il adore la profondeur dark de son titre « Si belle et inutile ». Sa période « Garçon caresse », du nom du morceau mignon qu’il a composé (avec Simon Bauloz et Marc Bret Vittoz) et a adoré interpréter avec la chanteuse Julie Pietri, est terminée.
Maintenant, vive les autoportraits crades en charcuterie, vive Super Pédé, le héros « qui ne sauve que les pédés, les autres il les laisse crever », vive les selfies cringe devant des culs pailletés et des bichons très chouchous. Vive les performances gores à la Terrifier comme dans son clip d’« Anthropophage » avec l’autrice, chanteuse et actrice Élisabeth Wiener, vive les danses surex sur des monticules de fumier dans le clip d’« Icône », featuring l’humoriste et autrice Mahaut Drama agitant sa robe en sacs poubelle aux côtés de cochons qui twerkent. « Je suis la digne déception de votre humanité ratée / Reniez-moi, reniez-moi, reniez-moi ! » clame Klaude dans cette chanson. Ou, au contraire, affirmez bien fort que vous êtes une pov’konne.
