De « 9 to 5 » à « Buffy contre les vampires », l’étonnante carrière de Dolly Parton au cinéma 

Reine de la country, icône gay et figure flamboyante de la pop culture américaine, Dolly Parton, disparue le 25 août dernier, était connue pour sa voix unique (et ses brushings toujours plus impressionnants). Mais derrière les tubes et les paillettes se cache aussi une étonnante carrière d’actrice et de productrice à Hollywood, marquée par l’engagement féministe.


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Franc parler Straight talk 1992 Real Barnet Kellman Dolly Parton. Collection Christophel © Hollywood Pictures / Touchwood Pacific Partners 1

Après quelques passages remarqués à la télévision dans les années 1970, Dolly Parton apparaît pour la première fois au cinéma en 1980 dans Comment se débarrasser de son patron (9 to 5 en V.O.) de Colin Higgins, pour lequel elle compose et interprète la chanson du même titre, qui deviendra un tube.

Elle y incarne Doralee Rhodes, secrétaire que son patron harcèle sexuellement à longueur de journée. Épuisée par les rumeurs qu’il propage sur leur supposée liaison, elle s’allie à ses collègues, interprétées par Jane Fonda et Lily Tomlin, pour se venger et imposer des changements radicaux en faveur des femmes sur leur lieu de travail. Les trois actrices se retrouveront, 45 ans plus tard, dans le tout dernier épisode de Grace et Frankie, une série où l’entraide féministe est encore une fois au cœur du projet. Dès ce premier rôle se dessine une constante de sa filmographie : des femmes extravagantes dont la solidarité constitue moins un discours théorique qu’une manière d’exister pleinement.

Dolly et ses girls

Il y aurait pourtant de quoi faire de Dolly une rivale idéale. Blondeur platine, poitrine généreuse, maquillage outrancier et tenues scintillantes : son apparence réunit tous les attributs d’une féminité spectaculaire que le cinéma a souvent transformée en instrument de compétition entre femmes. Or, sa féminité ne se construit pas contre celle des autres. Si les collègues de Doralee dans 9 to 5 ne se privent d’abord pas de jaser sur sa supposée relation avec leur patron, leur méfiance laisse rapidement place à la compréhension et à une profonde solidarité, y compris dans les situations les plus rocambolesques – et potentiellement dangereuses.

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Comment se débarrasser de son patron de Colin Higgins (1980) Collection Christophel © IPC Films / Twentieth Century Fox

Deux ans plus tard, dans The Best Little Whorehouse in Texas, toujours de Colin Higgins, Dolly campe Miss Mona, patronne d’une maison close menacée de fermeture par un journaliste qui prétend défendre la morale publique. Là encore, elle règne sur une petite communauté de femmes qu’elle protège des forces réactionnaires qui les entourent. Chez Dolly Parton, l’exubérance n’exclut jamais la bienveillance : elle semble au contraire en être l’un des modes d’expression.

Des rires et des larmes

C’est peut-être dans Steel Magnolias (1989) de Herbert Ross que cette dimension trouve sa forme la plus évidente. Dolly y incarne Truvy Jones, propriétaire d’un salon de beauté dans une petite ville de Louisiane. Le lieu devient le refuge d’un groupe de femmes, parmi lesquelles Sally Field, Julia Roberts, Shirley MacLaine et Olympia Dukakis, qui s’accompagnent à travers mariages, maladies, disputes et deuils. Ici encore, Dolly rayonne dans l’amitié. Jamais écrasantes ou égoïstes, les femmes qu’elle interprète profitent du capital sympathie de l’actrice, dont l’immense sourire et la bonhomie naturelle semblent désamorcer toute possibilité de compétition. C’est assez rare pour être souligné, tant le cinéma s’est fait l’écho d’un système patriarcal qui met sans cesse les femmes en concurrence, notamment dans les domaines amoureux et professionnel.

Cette proximité immédiate avec les autres trouve peut-être son apogée dans Straight Talk, comédie romantique de Barnet Kellman sortie en 1992. Dolly y interprète Shirlee Kenyon, une jeune femme fraîchement débarquée à Chicago qui, par un concours de circonstances aussi invraisemblable qu’amusant, se retrouve à animer une émission de radio en se faisant passer pour une psychologue. La voilà transformée en « docteure Shirlee », confidente des auditeurs, à l’opposé des experts paternalistes et moralisateurs. Elle délivre ses conseils avec le franc-parler et l’empathie qui la caractérisent. Comme dans ses autres rôles, son jeu donne l’impression d’une étonnante facilité, d’un naturel qui brouille les frontières entre le personnage et la persona publique de Dolly Parton.

Dolly derrière la caméra

Mais Dolly Parton ne s’est pas contentée d’incarner cet imaginaire. En 1985, elle fonde avec son manager Sandy Gallin la société Sandollar Productions et participe ainsi, beaucoup plus discrètement, à façonner le cinéma et la télévision américains. La société produit notamment Father of the Bride (1991), Buffy the Vampire Slayer (1992), puis la série iconique Buffy contre les vampires à partir de 1997. Elle est aussi, en partie, derrière,  mais aussi Sabrina (1995), remake du film de Billy Wilder réalisé par Sydney Pollack avec Harrison Ford, et Angel (1999), spin-off de Buffy contre les vampires qui comptera 110 épisodes.

La présence de son nom derrière Buffy a de quoi surprendre, tant les deux icônes semblent, à première vue, appartenir à des univers éloignés. Pourtant, quelque chose les rapproche : une féminité très codifiée, qui devient précisément une source de puissance. Sa carrière de productrice révèle ainsi une facette moins connue de son rapport à Hollywood : derrière la chanteuse et l’actrice se trouve aussi une femme qui a contribué à faire exister sur les écrans des personnages féminins volontaires, complexes et difficiles à réduire au rôle qu’on voudrait leur assigner. Au moment de sa mort en août dernier, l’interprète de Buffy, Sarah Michelle Gellar, lui rend hommage sur Instagram : « Le simple fait de faire partie, même modestement, de la grande histoire de @dollyparton, c’est tout pour moi. »

 De Doralee à Truvy, les personnages de Dolly Parton sont à son image : flamboyants sans être écrasants, drôles sans être dépourvus de mélancolie, et toujours tournés vers les autres. Dans Steel Magnolias, elle résume d’ailleurs parfaitement cette manière d’être au monde : « Le rire mêlé aux larmes est l’émotion que je préfère. » Une profession de foi qui pourrait aussi résumer toute la carrière de Dolly Parton au cinéma.