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[CRITIQUE] « Papicha », un film fiévreux de Mounia Meddour

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Inspiré des événements tragiques de la guerre civile algérienne dans les années 1990, Papicha questionne la survie et la résilience par le plus inattendu des sujets : la mode.

Nedjma a 18 ans et mène sa vie de jeune fille libre dans une cité universitaire. La nuit, elle se faufile dans les boîtes de nuit d’Alger pour vendre les robes et les accessoires qu’elle crée aux « papichas », les filles coquettes de la capitale. Dans ses pas, on goûte la liberté, la fête, le désir. Mais, petit à petit, une ombre se met à planer : celle de l’intégrisme, qui fait peser le poids de regards accusateurs et moralisateurs sur ces filles. Quand l’horreur survient, Nedjma décide de ne pas plier et veut à tout prix organiser un défilé de mode comme un rempart face à ce monde noir et oppressif qui s’annonce. L’enjeu pourrait faire sourire tant il paraît vain au vu de la complexité et de la violence d’un pays déchiré par la guerre. Mais, par ce simple déplacement du regard, la réalisatrice révèle avec force l’urgence face à la mort des libertés. Quand le futile est attaqué, c’est que l’essentiel est en danger. En restant au plus près de son héroïne furieuse, pure puissance du désespoir (jusqu’à une forme d’inconscience), Mounia Meddour prend le pouls de la jeunesse et tend évidemment un miroir à notre époque. Situé dans les années 1990, le film ne cesse d’adresser au spectateur un regard frondeur, l’interpelle sur les victoires et les défaites d’hier pour lui dire aujourd’hui de rester vigilant. Surtout, Papicha offre par la force de son casting d’actrices déchirantes, drôles, puissantes (avec en tête Lyna Khoudri, révélation des Bienheureux de Sofia Djama en 2017), par son regard sensible sur l’importance du plaisir, le sentiment conquérant d’un féminisme inaltérable. Si parfois les curseurs du mélodrame sont poussés un peu loin, ces excès ne sont que le reflet de la colère, de l’urgence d’un film qui s’inquiète de demain. Comme un écho au choc traumatique du livre de Margaret Atwood La Servante écarlate et de la série qui en est tirée, Papicha pense le féminisme comme une liberté fondamentale, une façon quotidienne de ne rien lâcher aux mains de ceux qui veulent enfermer les corps et faire taire les esprits. 

Papicha de Mounia Meddour, Jour2fête (1 h 45), sortie le 9 octobre

Image : Jour2fête

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