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Critique: « Ne croyez surtout pas que je hurle », le ciné-journal bouleversant de Franck Beauvais

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Depuis qu’il s’est séparé de son compagnon, Frank, 45 ans, occupe seul leur maison, dans un petit village des Vosges. La retraite alsacienne, imaginée loin de Paris et de son train de vie exorbitant, a laissé place à la dépression et à une boulimie de longs métrages. Constitué d’une voix off à la première personne et d’extraits des centaines de films dévorés, Ne croyez surtout pas que je hurle est le carnet de bord de ce mal de vivre, lequel ne tarde pas à muer en portrait subjectif de l’année 2016.

D’un point de vue géographique, Épinal n’est pas très éloigné du petit village ici décrit par Frank Beauvais. Inutile, toutefois, de chercher dans Ne croyez surtout pas que je hurle le reflet satisfait de cette vie douce et bucolique que popularisèrent les célèbres représentations locales. Le film, ressac d’images pillées aux quatre coins d’une cinéphilie pantagruélique, serait plutôt la mise en pièces de cette illusion de bonheur proverbial, son radical démenti sous forme de found footage anarchique. Les Vosges et son peuple, Paris et son peuple, la France et son peuple, cet appartement et son peuple d’animaux de compagnie, tout cela s’y trouve emporté dans le flot bilieux d’une litanie dépressive, laquelle n’épargnera ni ce père jadis honni et venu mourir à domicile, ni l’Euro 2016 et ses relents de patriotisme houblonnés, ni les attentats ou Nuit debout – évoqués en voix off –, ni d’ailleurs les extraits de films, qui semblent moins cités que disséminés, dégurgités par un haut-le-cœur poétique.

Car voici à quel programme, traditionnellement plutôt littéraire (Céline, Vian), s’affaire brillamment Frank Beauvais : vider son sac, vomir l’époque, en l’occurrence au moyen d’un dispositif économe et néanmoins audacieux dans lequel l’image et la parole se complètent sans cantonner la première à l’illustration. Résultat : Bergman, Eastwood, Dreyer, Scorsese et cent autres s’y bousculent dans l’anonymat d’un montage littéralement boulimique, où ce n’est pas le chocolat que l’on engloutit pour mieux le régurgiter, mais un trop-plein de films compulsivement dévorés par un œil qui les recrache en petits morceaux comme s’il en pleurait l’excédent. C’est pourquoi, plus le récit approche de Paris et du but fixé d’un déménagement synonyme de bout du tunnel, plus le film s’apparente à une purge existentielle, cédant les animaux, évidant l’appartement de son surplus de DVD et de vinyles, jusqu’à cet ultime plan aérien où, libéré de ce qui lui restait sur l’estomac, le regard prendrait enfin son envol. Rares sont les films, et encore moins les premiers longs métrages, à si bien montrer que l’on peut aussi tomber malade du cinéma.

Ne croyez surtout pas que je hurle de Frank Beauvais, Les Bookmakers / Capricci Films (1 h 15), sortie le 25 septembre
Image: Copyright Les Bookmakers / Capricci Films

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