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[CRITIQUE] « Les Joueuses #paslàpourdanser » de Stéphanie Gillard : terrain de conquête

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Ce documentaire consacré à la redoutable équipe féminine de l’Olympique lyonnais propose un point de vue inédit tant sur les coulisses du football contemporain que sur la place des femmes dans le sport de haut niveau. Retranscrivant l’adrénaline de la compétition tout en explorant des thématiques plus inattendues, comme celle du lien intergénérationnel entre joueuses, le film de Stéphanie Gillard est un inspirant témoignage féministe, doté d’une grande force visuelle et sensorielle.

Quatorze titres de championne de France et sept Ligues des champions : l’équipe féminine de l’Olympique lyonnais règne actuellement sur le football européen. Immergée pendant plusieurs mois dans ce groupe pour en comprendre les exceptionnelles performances, Stéphanie Gillard a opéré une précieuse auscultation des sensations collectives propres à la compétition de haut niveau. Elle nous plonge, dès la scène d’ouverture, dans un match filmé à hauteur de footballeuses au sein duquel les sonorités, les contacts physiques et les efforts haletants rappellent que le sport pratiqué ici est bien le même que celui des catégories masculines.

Fixées sur leur objectif d’un triplé Championnat – Coupe de France – Ligue des champions lors de la saison 2019, les stars de l’OL sont observées au travers d’entraînements et d’obligations quotidiennes qui donnent lieu à des séquences tour à tour solennelles et décontractées, éclairant à chaque fois le fonctionnement du groupe. Un groupe aussi soudé qu’hétéroclite, composé de personnalités aux tempéraments et aux nationalités multiples, qui permet aussi de retracer – notamment en compagnie de l’expérimentée Wendie Renard – les évolutions qu’a connues le football féminin depuis la création de la section féminine de l’OL en 2004.

On mesure ainsi combien la situation des footballeuses a changé en quinze ans, passant du statut amateur au statut professionnel, occasion pour la réalisatrice de traiter les questions de la transmission entre les générations de joueuses et de la pérennisation d’un esprit d’équipe (thèmes déjà présents dans son documentaire The Ride, qui suivait des cavaliers sioux). Reste le triste constat du fossé financier et médiatique qui continue de séparer les équipes féminines et masculines… Dans une séquence marquante, des joueuses, en visite dans une école primaire, conseillent aux petits garçons d’enfin accepter de jouer avec les petites filles. Malgré ce rôle de modèles à suivre pour les jeunes – particulièrement depuis la dernière Coupe du monde féminine –, les footballeuses de l’OL doivent lutter inlassablement pour la reconnaissance. La solidarité et la sororité deviennent alors les conditions absolues de l’excellence sportive, phénomène que le documentaire saisit parfaitement.

 

3 QUESTIONS À STÉPHANIE GILLARD

À quoi renvoie le sous-titre #PasLàPourDanser ?

À la remarque sexiste adressée à la joueuse Ada Hegerberg lorsqu’elle a reçu le Ballon d’or en 2018. Mais je n’ai pas mis d’images de cette cérémonie dans le film, car c’était trop hétérogène par rapport à la grammaire d’ensemble. Le titre renvoie aussi aux nombreuses archives que j’ai regardées sur le foot féminin – les reportages faisaient systématiquement référence à la danse, aux entrechats, à une prétendue grâce féminine. J’ai trouvé ça hallucinant : en gros, une fille est juste là pour danser. C’est Billy Elliot inversé.

Aviez-vous en tête des documentaires de référence sur le football ?

J’en avais deux. Les Yeux dans les Bleus de Stéphane Meunier, car c’est le film de vestiaire par excellence, où on découvre une équipe et ses personnalités. Et Zidane. Un portrait du xxie siècle de Douglas Gordon et Philippe Parreno, qui a été déterminant quant à ma manière de filmer les matchs ; même si on n’avait pas dix-sept caméras comme eux, mais seulement deux. On a voulu capter ce que les joueuses entendent quand elles sont sur le terrain et tenter de comprendre les émotions par lesquelles elles passent.

Le film traite de questions féministes, mais n’en fait pas son unique sujet.

J’ai décidé de ne poser aucune question sur ce thème, car il allait forcément se présenter de lui-même. Je m’identifie beaucoup à elles, je suis réalisatrice, et c’est aussi un métier d’hommes. Nous, on fait l’activité qu’on aime, mais c’est l’environnement extérieur qui met en doute notre légitimité. Et on voit dans le film que c’est en montrant aux jeunes footballeuses par quelles difficultés sont passées les anciennes qu’elles seront plus fortes. Ce processus concerne les femmes dans de nombreux autres domaines.

: Rouge Distribution (1h27) / Sortie le 9 septembre

Images :  © Rouge Distribution

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