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[Critique] « Le Bel été »: une chronique dionysiaque qui célèbre l’altruisme

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Dans la chaleur de l’été normand, Pierre Creton filme la grâce du quotidien et célèbre, avec une évidence bouleversante, la crise des migrants comme possible catalyseur de précieuses rencontres humaines. Robert et Simon passent l’été en bord de mer avec leur amie Sophie, Flora, une adolescente, et Nessim, un migrant de Calais (interprété par Gaston Ouedraogo) qu’ils hébergent. Ce dernier est rejoint par Amed et Mohamed, jeunes réfugiés guinéens ici dans leur propre rôle… Pierre Creton est l’auteur d’une œuvre à mi-chemin entre documentaire et fiction (voir le sublime Va, Toto! sorti en 2017), aussi hybride que lui – qui est à la fois cinéaste et ouvrier agricole. Le Bel Été part d’une réalité : celle d’une association d’hébergement pour mineurs étrangers (Des lits solidaires) à qui le cinéaste a fait appel pour le film.

Dans cette chronique dionysiaque, Creton redonne aux migrants, souvent déshumanisés dans les médias, la dignité qu’ils méritent. En débarquant dans cette famille aux contours flous (un couple d’hommes, une ado de passage, une amie solitaire), ils invoquent la fiction : le corps de Nessim se place entre ceux de Robert et Simon, la langue d’Amed et Mohamed se superpose au français littéraire des grands auteurs. De cette friction naît une énergie qui, loin du misérabilisme, irrigue Le Bel Été du bonheur de l’altruisme. Le trouble de la circulation du désir (de Mohamed pour Flora, de Robert pour Simon, de Simon pour Nessim) donne au film un potentiel poétique inouï qui se joue dans les interstices des images et non dans les mots. C’est face à l’émotion ressentie lorsqu’on s’adonne à une dernière baignade qu’il semble évident que ce Bel Été est porteur d’un espoir que l’on croyait perdu : celui de l’amour des autres. 

Le Bel été de Pierre Creton, JHR Films (1 h 21), sortie le 13 novembre
Image: JHR Films

3 REGARDS SUR L’IMMIGRATION

Avant la fin de l’été de Maryam Goormaghtigh (2017)
Dans ce docufiction lumineux, les amis d’Arash l’entraînent dans un road trip balnéaire pour le convaincre de ne pas repartir en Iran après ses études à Paris.

L’Héroïque Lande de N. Klotz et É. Perceval (2018)
D’une rare poésie, cet objet protéiforme montre la jungle de Calais jusqu’à son démantèlement et fait la part belle à la parole des migrants.

Amin de Philippe Faucon (2018)
Un film humaniste sur le destin d’un immigré sénégalais, tiraillé entre sa famille restée au pays et sa relation naissante avec une Française aisée.

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