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[CRITIQUE] « Indianara », un documentaire poignant d’Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa

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À Rio de Janeiro, Indianara dirige la Casa Nem, refuge permettant aux personnes transgenres d’échapper à l’exclusion. Santé physique et mentale, orientation professionnelle : elle les accompagne sur tous les fronts, pour pallier les manquements d’un gouvernement déficient. Au gré d’un documentaire qui oscille entre joie et ténèbres, Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa filment la lutte acharnée et épuisante d’une véritable héroïne prête à tout pour que son Brésil en finisse avec la transphobie.

Ça commence par un cercueil. Parce qu’au Brésil l’espérance de vie moyenne d’une personne trans est de trente-trois ans, Indianara affirme sans détour que, être trans, c’est moins vivre que survivre. La transidentité étant souvent synonyme de danger de mort et de précarité, Indianara Siqueira accueille dans sa résidence celles et ceux que la société refuse d’intégrer. Une panic room collective, où l’on se réfugie en espérant que le monde extérieur finisse par se montrer plus empathique. Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa filment le combat autant que la combattante, quadragénaire trans dont la rage reste intacte même lorsque le burn-out militant n’est pas loin. À l’image de ses luttes, on sent Indianara emplie d’une beauté triste, l’espoir finissant toujours par se heurter à l’horreur du réel.

Comme autant de respirations, le film décrit son quotidien et celui de Mauricio, son futur mari, soutien aimant mais faillible. L’occasion pour les cinéastes d’observer les frontières souvent floues entre la sphère intime et le champ militant, qui finissent pourtant par se télescoper. C’est le cas dans l’une des séquences les plus belles et joyeuses de l’ensemble : autour d’une piscine gonflable, Indianara et son clan peuvent enfin rire aux éclats, assumer et dévoiler leurs corps, rêver d’une vie qui ressemblerait tout entière à cet instant suspendu.

Mais pas d’idéalisme qui tienne : Chevalier-Beaumel et Barbosa mettent aussi en exergue les conflits internes, le découragement, la sensation d’appartenir à un monde incapable de comprendre. Éminemment politique, Indianara dénonce les hypocrisies d’une gauche faussement inclusive, avant d’en arriver à la tragique arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro (en janvier dernier), prêt à piétiner les minorités. Le Brésil est entré dans une phase de résistance, ce qui inclut également le secteur cinématographique : dès son arrivée au pouvoir, le président d’extrême droite a commencé par supprimer le ministère de la Culture, au nom de son combat contre ce qu’il nomme le « marxisme culturel ». Dans la lutte sans fin contre la bêtise et la haine, Indianara s’impose comme une référence absolue en matière de force de conviction et de ténacité.

Indianara d’Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa, New Story (1 h 24), sortie le 27 novembre

Images : Indianara d’Aude Chevalier-Beaumel et Marcelo Barbosa

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