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Critique: « Bacurau », la fable dystopique sanglante de Kleber Mendonça Filho

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Après le sublime Aquarius, sorti en 2016, Kleber Mendonça Filho livre, avec Bacurau (coréalisé avec Juliano Dornelles), une fable dystopique et sanglante sur l’arrière-pays brésilien. Un maelström de références pour un résultat impressionnant et politique, auréolé du Prix du jury à Cannes en mai.

On  l’annonçait comme un mélange entre le Délivrance de John Boorman (1972) et le Sans retour de Walter Hill (1983) : bien qu’ayant les yeux rivés vers le Nouvel Hollywood, Bacurau emprunte peut-être plus encore sa lignée au western originel, celui apparu dès les débuts du cinéma. Pas un seul élément ne manque à la liste des archétypes qui ont fait le succès du genre : tenancière de bistrot narquoise, gringo à banjo menaçant, têtes scalpées virilement brandies, fûts de liquide percés par balles… Ces codes servent ici à dépeindre Bacurau, un village fictif et isolé au cœur du sertão région semi-aride et pas vraiment bien lotie du Nordeste – qui fait face à la mort de son emblématique matriarche de 94 ans. Des événements inquiétants se succèdent alors, à commencer par la mystérieuse disparition du hameau de la carte. Le wifi ne tarde pas lui aussi à s’évaporer, les cadavres criblés de balles jonchent peu à peu le territoire, et le film mène progressivement à l’affrontement entre une communauté d’irréductibles locaux et un groupe d’envahisseurs majoritairement américains, qui manient aussi bien le drone que le sniper.

L’ombre portée de la présidence Bolsonaro plane évidemment sur cette trame apocalyptique, mais elle ne constitue qu’un fil à tirer parmi des dizaines d’autres, plus ou moins subtilement exposés : les livres jetés aux ordures, les ravages du complexe pharmaceutique, la corruption endémique des politiques (déjà dénoncée avec la figure du promoteur propret dans Aquarius), la pénurie d’eau, la libéralisation du port d’armes, le cataclysme écologique… Cette rage sourde explose in fine dans quelques plans sanguinolents (les fans du Maniac de William Lustig apprécieront l’explosion full frontal d’un crâne humain) qui n’ont pas toujours les honneurs de la compétition cannoise. Comme le jury, on se réjouit que cela ait été le cas cette année, avec ce retour aux sources bien ancré dans le présent.

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