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2111, l’année où l’on piqua Bugs Bunny

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On avait cru à un poisson d’avril. En réalité, c’était un miracle. De Bugs Bunny à Daffy Duck, en passant par Titi et Grosminet, les toons avaient pris vie. Heureux comme des bambins, les vieillards répétaient que ça leur rappelait ce film avec le lapin et la rousse incendiaire – dont ils étaient incapables de se rappeler le titre. Les personnes raisonnables, elles, ne cachaient pas leur surprise d’apprendre qu’il s’agissait là d’un miracle, persuadées qu’elles étaient que Taz et Speedy Gonzales vivaient comme vous et moi… Ravis ou blasés, les gens s’intéressèrent surtout à ces nouvelles créatures lorsqu’elles firent la une des tabloïds. Incontrôlables, invulnérables, excessives en tout, elles avaient rapidement fini par sauter des toits des immeubles, s’entarter sur la voie publique, rouler à contresens sur l’autoroute ou se taper les uns les autres sur la tête avec des marteaux géants. Face à l’anarchie croissante, Hollywood prit la décision d’euthanasier ces bêtes. Pendant que les antispécistes se mobilisaient pour défendre les droits des toons, des charniers colorés se formaient à Los Angeles, dans une bonne humeur revigorante. Les médecins qui avaient piqué Bugs Bunny étaient hilares. Les larmes aux yeux, ils ne se lassaient pas de célébrer l’à-propos de l’ultime réplique du lapin sur le billard : « Quoi de neuf, docteur ? »

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