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À travers cinq films engagés devenus cultes, retour sur ces réalisateurs et réalisatrices qui se sont emparés avec force de la question des bavures et des violences policières commises aux États-Unis envers la communauté afro-américaine.

Cet article fait partie de notre dossier Quand l’art se saisit des violences policières. À l’occasion de la sortie du documentaire Un pays qui se tient sage de David Dufresne, TROISCOULEURS s’intéresse à la manière dont le monde de l’art traite du sujet des violences policières. Interviews, décryptages, focus sur des œuvres incontournables ou rares…Retrouvez tous les articles du dossier en cliquant ici.

I Am Not Your Negro de Raoul Peck

À l’origine de ce documentaire, une trentaine de pages de notes, écrites par l’auteur Afro-américain James Baldwin en 1979 pour raconter son histoire de l’Amérique à travers le parcours de trois de ses amis, trois militants des droits civiques assassinés dans les années 1960 : Medgar Evers, Martin Luther King et Malcom X. La pensée philosophique qui s’y déploie, complétée par des extraits de conférences et d’interviews télévisées et illustrée de quantité d’archives, retrace l’histoire des Noirs en Amérique, pointe les ravages causés par la peur permanente de la mort et questionne la façon dont le pays a fabriqué, notamment par le biais du cinéma (les performances grimaçantes de Lincoln Perry dans les années 1930 sont terrifiantes), la figure d’un Noir à détester, privant dans le même temps les Noirs de représentations qui leur ressemblent.

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Pour finalement sonder avec une implacable lucidité une psyché américaine tellement obsédée par l’innocence et l’insouciance qu’elle se condamne à sa perte. Car quel avenir et quelle paix peut espérer une civilisation qui choisit de haïr une partie de ses enfants et refuse d’endosser ses responsabilités? C’est la question centrale du film qui, bien sûr, résonne toujours aujourd’hui – résonance que le documentaire amplifie grâce à des images très contemporaines, par exemple des émeutes de Ferguson en réaction à l’assassinat du jeune Michael Brown en 2014. En mêlant dans un montage organique et poétique les époques, les formats, le cinéma hollywoodien et la télé populaire, le blues de Lightnin’ Hopkins et le rap de Kendrick Lamar, Raoul Peck offre à la pensée de l’auteur un écrin précieux, en même temps qu’une visibilité nouvelle et indispensable. JULIETTE REITZER

Le film est disponible sur Univers Ciné.

Detroit de Kathryn Bigelow

Le 23 juillet 1967, un raid de la police dans un bar clandestin de Detroit fréquenté par des Noirs déclenche l’ire de cette partie de la population, excédée de subir un racisme institutionnalisé. Au cours des cinq jours de révolte, un motel devient le lieu de cristallisation des tensions raciales : les policiers bouclent le bâtiment et commencent à maltraiter ses occupants, allant jusqu’à en tuer certains – séquestration qui donne lieu à de longues séquences, crues et éprouvantes pour le spectateur.

Avec Detroit, scénarisé par Mark Boal comme ses précédents films Démineurs (2009) et Zero Dark Thirty (2012), Kathryn Bigelow semble boucler une trilogie auscultant les rapports de pouvoir et de violence aux États-Unis. Toujours dans un style « sur le vif », caméra à l’épaule, elle insiste sur la façon sidérante dont l’urgence d’une situation peut complètement dérégler l’éthique d’un individu. Et c’est parfaitement glaçant. TIMÉ ZOPPÉ

Le film est disponible sur My Canal.

Black Panthers d’Agnès Varda

Agnès Varda débarque aux États-Unis à l’automne 1967 pour présenter son film Les Créatures dans un festival de San Francisco, et elle en profite pour commencer sa période américaine : Uncle Yanco (1967), Lions, Love And Lies (1969)… Le producteur Tom Luddy, qui dirigeait la Pacific Film Archives, lui fait alors rencontrer les responsables du Black Panther Party, alors que les manifestations autour du procès de Huey Newton, cofondateur de l’organisation avec Bobby Seale, battent leur plein à Oakland.

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Une émission de télévision française profite de la présence de Varda sur place pour lui commander ce reportage sur le sujet, Black Panthers, qui ne sera finalement pas diffusé – pour ne pas réveiller les feux de mai 1968 – on était à l’automne 1968. « C’était un moment éphémère où le Black Panther Party était encore cohérent, organisé, avec un programme en dix points et un entraînement militaire. Ils étaient persécutés par les pigs [les flics, ndlr] qui n’hésitaient pas à briser leurs vitrines« , nous confiait-elle en 2014, lors de la ressortie en salles du film. On est saisis par la force combative des regards caméras captés par la cinéaste en amorce, derrière lesquels des meetings se tiennent pour la justice, l’éducation et la paix. QUENTIN GROSSET

Pour voir le film, cliquez sur le lecteur ci-dessous.

 

Do The Right Thing de Spike Lee

24 heures dans la vie d’un quartier de Brooklyn, au coeur d’un été suffoquant, où grondent les conflits inter-communautaires et où la révolte sourde des opprimés éclate pour aboutir à une émeute collective. Avec Do The Right Thing, Spike Lee signait son premier grand brûlot politique, construit comme une fresque romanesque biberonnée à la culture hip-hop, portée par une bande-son rap, un argot savoureux, et les fameux « dolly shot » du réalisateur (des travellings-arrières donnant l’impression que les personnages flottent).

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Inspiré de plusieurs affaires réelles, dont celle d’Howard Bleach, qui s’est produite en 1986 à New-York (à l’époque, de jeunes italo-américains avaient tabassé à coups de battes de baseball trois jeunes Noirs, dont Michael Griffin qui, en fuyant, s’est fait renverser par une voiture), Do the Right Thing est devenu l’incarnation d’un cinéma noir américain revendiquant ses propres codes esthétiques pour dénoncer la violence latente de la société. Anti-manichéen jusqu’au bout, le film se clôt d’ailleurs sur une citation pacifiste de Martin Luther King, mise en regard avec une citation de Malcolm X justifiant la violence. À chacun de déterminer quel est « le bon choix » du titre. LÉA ANDRÉ-SARREAU

Le film est disponible sur le site de la Cinétek.

The Wire de David Simon 

Rarement une série n’aura aussi bien interrogé les origines de la méfiance entre population et force de l’ordre que The Wire. À travers six saisons implacables, qui épousent à la fois le point de vue des autorités policières (notamment celui de Jimmy Mc Nulty, un flic ambigu naviguant en eaux troubles) et des habitants de Baltimore (trafiquants de drogue et contrebandiers), son créateur David Simon dénonce la violence d’Etat comme une logique vouée à se répéter éternellement.

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D’une écriture précise, le showrunner décrit tour à tour la corruption des milieux politiques, des promoteurs immobiliers, l’impuissance des institutions judiciaires, mais aussi de l’école, à freiner la reproduction de l’exclusion raciste, sociale. Un engrenage infernal, fondé sur l’impunité de bavures policières non punies, mais aussi sur une logique de ghettoïsation que la série retranscrit parfaitement, faisant de Baltimore une prison à ciel ouvert. Il faudra attendre la sixième et ultime saison de cette fresque hyper réaliste pour que les rues de la ville résonnent de la colère des habitants – même si, malheureusement, la conclusion suspendue de The Wire ne laisse pas présager un avenir meilleur. L.A-S

La série est disponible sur OCS.

Image d’ouverture: I Am Not your Negro de Raoul Peck, Copyright Dan Budnick

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