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SÉRIE : « Anna », ou l’humanité comme mal incurable

  • Nora Bouazzouni
  • 2021-09-20

Le romancier italien Niccolò Ammaniti nous avait subjugués, en 2018, avec « Il Miracolo», mini-série où la découverte, en Calabre, d'une statuette de la vierge pleurant d'authentiques larmes de sang bouleversait la vie de plusieurs personnages. Il revient avec « Anna », chef-d'œuvre de conte cruel dans l'air vicié du temps, disponible sur Arte.tv.

« L'épidémie de Covid a éclaté six mois après le début du tournage. » D'emblée, le spectateur est prévenu : toute ressemblance entre l'œuvre qui va suivre et l'actualité est purement fortuite. Anna est l'adaptation, par son auteur, du roman éponyme sorti chez Grasset en 2015. Une coïncidence qui donne une saveur particulière à la série, dans laquelle un virus mortel, surnommé « la Rouge », a décimé la population adulte. Livrés à eux-mêmes, les enfants tentent de survivre, en groupe ou en solo, avant que la maladie ne les rattrape dès les premiers signes de puberté.

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Filmée dans une région particulièrement photogénique d'Italie, la Sicile, dont les somptueux palazzi décrépits nourrissent un imaginaire post-apocalyptique baroque, Anna raconte l'épopée survivaliste d'une pré-adolescente (Giulia Dragotto, impressionnante) et de son petit frère, bientôt kidnappé par une horde de gamins à la solde d'une leadeuse charismatique et désaxée.

Niccolò Ammaniti portait, dans Il Miracolo, un regard tendre mais sans concession sur la nature humaine, exposant les faiblesses et tourments de ses congénères sans les juger, ni justifier certains comportements, comme pour nous rappeler que chacun fait comme il peut. Le réalisateur n'adoucit pas sa plume dans ce conte morbide, sorte de Magicien d'Oz déviant au pays de Sa Majesté des mouches, où l'héroïne va croiser le chemin de personnages tantôt ivres de pouvoir, désespérés ou alliés, ouvrant leur cœur ou donnant libre cours à leurs pulsions les plus sadiques.

On aurait pu s'ennuyer ou craindre la répétition, tant Anna, telle Alice au pays des horreurs, n'en finit plus de subir les pires sévices, mais l'épisode des jumeaux maléfiques ou les flashbacks nous racontant comment les protagonistes ont vécu le début de l'épidémie contrecarrent la linéarité d'un récit initiatique classique. En traitant les enfants à hauteur d'adultes, en confrontant Anna à la fureur de vivre de gamins condamnés à l'innocence souillée, Ammaniti expose l'humanité comme un mal incurable, comme un virus, même.

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Anna c'est aussi le couronnement d'Ammaniti comme réalisateur, dont le talent était certes pressenti avec Il Miracolo, mais qui s'offre là un écrin à la hauteur de ses ambitions. Des scènes dantesques, parmi les plus envoûtantes jamais vues à la télévision : du premier épisode, avec une course-poursuite inoubliable dans un gigantesque escalier jonché de vêtements d'enfants ; au rituel de la peinture, sur une musique chamanique rappelant le groupe Fever Ray ; ou encore l'avant-dernier épisode, surréaliste et cruel, filmé sur l'Etna. Si la fin est pour demain, ne passez pas à côté d'Anna.

: Anna (en intégralité sur arte.tv, sur ARTE les 4 et 11 novembre)

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