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Ramzi Ben Sliman interviewé par nos kids cinéphiles, Louison et Ethan-Williams

  • Cécile Rosevaigue
  • 2023-01-23

Dans « Neneh Superstar », Ramzi Ben Sliman met en scène une héroïne noire de 12 ans (Oumy Bruni Garrel), confrontée au racisme de l'école de ballet de l'Opéra de Paris. Rencontre.

Ethan-Williams : Est-ce une histoire vraie ?

C’est une fiction. L’école de danse de l’Opéra fonctionne comme dans le film, mais l’histoire racontée est romanesque.

Louison : Comment as-tu trouvé l’actrice qui interprète Neneh ?

On a commencé par afficher une annonce dans les cours de danse. On recherchait une jeune danseuse noire de 12 ans qui maîtrise le classique, le contemporain, et qui sache jouer la comédie. En France, on n’a trouvé personne, alors on est partis en Suisse, en Belgique, au Canada, dans les pays franco­phones africains, mais il y avait toujours quelque chose qui ne corres­pondait pas au rôle. Ça a mis en évidence quelque chose de terrible : à partir de 8-9 ans, les petites filles noires n’ont pas accès aux cours de danse classique de haut niveau. Il y a comme un plafond de verre, c’est-à-dire un mur invisible qu’on dresse devant elles, auquel elles se heurtent et qui les empêche de continuer.

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L. : As-tu pensé abandonner ?

Non, j’ai mis en pause ma recherche et je me suis concentré sur les filles qui interpréteraient les copines de promo de Neneh à l’école de danse. J’en ai retenu six, qui venaient toutes du même cours. Et là elles me disent : « Il y a une fille qui est Neneh, on la connaît, elle est dans notre cours ! » Elles avaient raison, Oumy Bruni Garrel [la fille de Valeria Bruni Tedeschi et de Louis Garrel, ndlr] cochait toutes les cases : une danseuse classique noire de 12 ans qui joue la comédie.

E.-W. : Avez-vous beaucoup travaillé ensemble ?

Oui, c’est un rôle de composition, et Oumy est une vraie actrice. En amont du tournage, pendant quatre mois, on a échangé des mails. Chaque jour elle m’envoyait trois références artistiques pour définir son rôle et bien connaître son personnage. La question était : « Si Neneh avait vécu au début du siècle, si elle était musicienne, politique… Qui serait-elle ? » C’était exigeant, mais c’est un travail qui a ouvert la porte à la rêverie.

E.-W. : Lui est-il arrivé d’être victime de racisme comme Neneh dans ses cours de danse ?

C’est une question à laquelle seule Oumy peut répondre, je ne veux pas prendre la parole à sa place. Ce que je peux te dire, c’est qu’elle était unique dans son cours ; j’imagine que son parcours dans la danse classique n’a pas été un long fleuve tranquille. D’ailleurs, lors du casting, Oumy a tout de suite mis les choses au point et nous a dit : « J’ai 12 ans, ça va vous choquer mais je suis engagée politiquement, je vais à toutes les manifs antiracistes. » Donc le film rentrait dans le champ de ses problématiques.

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E.-W. : As-tu vu ce genre de comportement quand tu étais à l’école ?

J’ai moi aussi été confronté à ce genre de situation, mais dans une moindre mesure. Pour Neneh, tout est exacerbé, elle évolue dans un milieu très compétitif, et elle est la seule Noire.

E.-W. : Quelle morale veux-tu faire passer ?

Le monde change, le plafond de verre se fissure. Il faut foncer. Le film Billy Elliot, sorti en 2000, a « autorisé » les petits garçons à pratiquer la danse classique. J’aimerais beaucoup que mon film encourage une génération de petites filles noires à vivre ses rêves.

Neneh Superstar de Ramzi Ben Sliman, Gaumont (1 h 35), sortie le 25 janvier

PROPOS RECUEILLIS PAR LOUISON ET ETHAN-WILLIAMS (AVEC CÉCILE ROSEVAIGUE)

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